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La maison sur la cascade

Ils sont légion les propriétaires qui aménagent un cours d’eau dans la cour arrière juste pour entendre l’eau murmurer lorsqu’un besoin de décompression se manifeste. D’autres acquièrent une cascade artificielle, sorte de bibelot composé de roches miniatures et d’un filet d’eau que l’on pose sur un meuble. Tous ces propriétaires seront verts de jalousie en apprenant qu’en Pennsylvanie, près de la ville de Pittsburgh, une maison se dresse juste au-dessus d’une vraie cascade, au cœur même de la nature.

Faisons un saut dans les années 30. Le célèbre architecte Frank Lloyd Wright est invité chez Edgar Kaufmann, un homme d’affaires prospère de la région. À un moment donné, l’architecte déclare au fils de l’hôte, qui étudie l’architecture avec le grand maître, que ses parents méritent davantage que la résidence dans laquelle ils habitent.

À l’époque, la famille Kaufmann possédait une sorte de chalet près d’une cascade. Vint le moment où le bâtiment exigea des rénovations. N’ayant pas oublié la remarque de Wright, les Kaufmann l’invitent à leur proposer un concept. L’architecte visite la région, retourne à ses ateliers et met ses étudiants au travail.

Fallingwater de C.Highsmith - Wikipedia
Fallingwater de C.Highsmith – Wikipedia

Le jour où Wright dévoile son concept, Edgar Kaufmann est jeté à terre. Il s’attendait à une résidence bâtie au-dessous de la cascade, juste en face, afin de jouir du panorama. Innovateur dans l’âme, Wright avait préféré ériger la maison au-dessus de la chute d’eau. Perplexe, Kaufmann a finalement donné son aval.

L’originalité du projet et la témérité de Wright ont provoqué de nombreuses disputes entre l’architecte, la famille Kaufmann, les ingénieurs et l’entrepreneur en construction, notamment en ce qui a trait à la construction du pont et aux travaux de soutènement. Mais le résultat passera à l’histoire puisque  la résidence Kaufmann, appelée aussi «Fallingwater», sera transformée en musée en 1964. Elle est considérée comme un chef d’œuvre de l’intégration entre la nature et l’être humain, que Wright appelait l’architecture organique. Le «Smithsonian Magazine» a inclus la résidence dans sa liste des 28 sites à visiter avant de mourir.

Tout se tient en équilibre au-dessus de la cascade. La maison apparaît comme ancrée à un rocher et se tient à moitié perchée au-dessus du vide. Aucun câble, tout est bâti en porte-à-faux dans un déluge de lignes horizontales.

La résidence est entourée de larges fenêtres donnant sur la cascade, les parois de roc et la forêt. Une corniche rocheuse fait saillie à travers le plancher de l’immense salle de séjour et des balcons s’avancent profondément dans la nature.

La décoration se noie dans le rustique. Pour accentuer l’harmonie entre l’intérieur et l’extérieur, Wright avait limité le nombre de couleurs à deux: l’ocre pour le béton et le rouge Cherokee pour l’acier, un rouge qui s’apparente au rouge cerise.

La piscine près de la maison des invités prend sa source dans un cours d’eau environnant et se jette dans la rivière tout en bas à travers une série de drains.  La cascade s’écoule directement sous la maison. Un escalier intérieur situé dans la salle de séjour mène directement à la rivière. Imaginez la  symphonie au printemps lorsque la neige fond dans les montagnes environnantes! Beethoven, Brams et tous les grands compositeurs romantiques auraient adoré!

Pour admirer à distance ce chef-d’œuvre tout à fait inusité, vous pouvez toujours jeter un coup d’œil dans les deux livres d’architecture proposés ci-dessous en guise de références. Ou encore visionner le film La mort aux trousses d’Alfred Hitchcock. La légende veut que «Fallingwater» soit la maison que l’on voit dans la dernière scène du film. C’est faux.  Par contre, le concepteur de la maquette s’est largement inspiré de la création de Wright.

 

Références:

– Wikipedia à l’article anglais Fallingwater

– Anthony Hassell, David Boyle, Jeremy Harwood, L’architecture moderne, 2012, 128 pages

– Philip Wilkinson, Architecture, collection Les chefs-d’oeuvre de l’art, Flammarion, 2012, 256 pages.

 

 

Photo:  Fallingwater de C.Highsmith – Wikipedia

2 réflexions sur “ La maison sur la cascade ”

  1. Original mais si c’était à refaire en 2013 avec les verts et le ministère de l’environnement au derrière : bonne chance !

    1. Tout à fait d’accord avec vous! D’ailleurs, c’est ce à quoi nous avons pensé en rédigeant le billet.

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