Un hôtel jaune soleil écrasé par la guerre

Les touristes se moquent parfois de lui. Les habitants de Sarajevo aussi. Ils décrivent l’immeuble avec des mots comiques : le citron, le jaune d’oeuf et bien d’autres. Et pourquoi pas « le pot de moutarde » un coup parti?

Peu importe le traitement verbal qu’on lui réserve, le Holiday Inn de Sarajevo est chéri par les habitants de la ville. Enlevez l’hôtel  et Sarajevo se retrouvera avec un gros trou dans le paysage. Mais l’attachement des habitants à l’immeuble dépasse le jaune criard et tapageur.

On vous explique.

Holiday Inn Sarajevo. Photo MatejBath Wikipedia

On vous a parlé dans le dernier billet de la maison et du tunnel qui ont permis aux habitants de Sarajevo de survivre durant le long de siège de  quatre ans qui s’est terminé avec la mort de 10 000 civils dont  1500 enfants. Le Holiday Inn, lui, a joué un rôle plus passif.

Dans une suite de l’hôtel s’installe début 1992 Radovan Karadzic, leader politique serbe. La suite devient le quartier général du parti politique que dirige Karadzic.

Au pied du Holiday Inn, le 2 mars 1992, les premières barricades s’érigent dans les rues de Sarajevo. Les premiers coups de feu retentissent.  En colère, des milliers d’habitants de la ville osent les défier en marchant dans les rues.
Au pied du Holiday Inn, début avril, entre 50 000 et 100 000 personnes manifestent contre la menace de guerre qui flotte toujours dans l’air. Des coups de feu retentissent. Deux jeunes femmes sont abattues sur le pont s’allongeant près de l’hôtel.

Au pied du Holiday Inn, le 22 avril, nouvelle manifestation de masse dans les rues avoisinantes. Des coups de feu retentissent. Cette fois, ils proviennent de l’hôtel. Les tireurs s’y cachaient.

Les jours suivants, le siège débutait. La ville était encerclée pour presque quatre ans. Qui commande les tireurs serbes du haut  des montagnes environnantes? Radovan Karadzic qui venait de quitter l’hôtel.

Au début, le Holiday Inn abritait les journalistes étrangers venus de tous les coins du monde. Aussitôt les obus se mettent  à pleuvoir sur l’hôtel. Les lecteurs et lectrices de ce blogue qui ont vu le film « Welcome to Sarajevo », mettant en vedette des journalistes couvrant la guerre, ont sûrement repéré l’immeuble jaune vif à travers les images.

Tout au long du siège de quatre ans, le Holiday Inn se fait bombarder de tous bords tous côtés. L’immeuble est complètement défiguré.

Le Holiday Inn a aussi vu mourir les deux célèbres amants de Sarajevo pour qui le chanteur québécois Daniel Lavoie, semble-t-il, a écrit la chanson « Ils s’aiment ». Rappelez-vous les paroles : « Ils s’aiment comme avant, malgré les menaces et les grands tourments, ils s’aiment comme avant. » Ou encore : « Enfants de la bombe, des catastrophes de la menace qui gronde. »

C’est au pied du Holiday Inn que prenait naissance la tristement célèbre « Sniper Alley » pour se terminer trois kilomètres plus loin. Le moindre être humain osant traverser le boulevard se faisait tirer des hauteurs des collines.

La guerre terminée, le Holiday Inn a été l’un des premiers immeubles à se faire reconstruire. Et comme vous voyez,  on a conservé la couleur jaune citron. L’hôtel n’est ni plus ni moins qu’un symbole de Sarajevo.

Les rédacteurs de ce blogue ont déjà dormi une nuit dans cet hôtel. Il y a cinq ans. Des frissons  pleuvaient dans le dos et cela n’avait rien à voir avec le froid.

C’est tout de même ironique qu’un hôtel couleur soleil ait vécu de plein fouet le côté sombre de la nature humaine.

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