Hôtel pour hommes et dromadaires

Ile de Graia WIKIPEDIA inusité

Lorsque les trois mages: Balthazar, Gaspard et Melchior apportèrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe à Jésus Christ dans son étable, ils avaient probablement, soit à l’aller soit au retour, passé une ou plusieurs nuits dans un « hôtel ». Ils venaient d’un pays étranger, dit-on. Ils venaient de loin.

Lorsque les rois et les reines d’Europe, avec leur cour, s’offraient des épices et de la soie au Moyen Age et à la Renaissance, il fallait bien que quelqu’un ait transporté les produits jusqu’aux ports de la Méditerranée d’où ils étaient expédiés par bateau.

Ce quelqu’un allait chercher les épices et la soie dans une ville pour la transporter vers une autre ville. Pour se protéger des bandits de grand chemin, tous ces hommes voyageaient en groupe. Comme ils devaient transporter des produits en quantité industrielle, ils utilisaient des dromadaires. C’était ce qu’on appelait une caravane, cette fameuse file de dromadaires qui a peuplé l’imaginaire de l’Occident.

Les voyages s’étendaient sur une longue distance. La nuit venue, hommes et dromadaires couchaient dans un « hôtel ». Le bâtiment consistait en des chambres pour les hommes, des écuries pour les dromadaires et des entrepôts pour la marchandise. Souvent, les entrepôts étaient au rez-de-chaussée et les chambres juste au-dessus. C’était ce qu’on appelait un caravansérail.

Si vous vous représentez le caravansérail comme une forme d’étable, détrompez-vous. L’architecture est souvent fascinante : entrée en marbre, niche, stalactites, piliers, voûtes, lucarnes, ogive, arcades, toit en bâtière, dôme.

Caravansarai. Photo Babak Gholizadeh Wikipedia

C’était du moins le cas pour les caravansérails les plus prestigieux, les «Ritz» et les «Marriott » de l’époque.

Pour se défendre contre les tribus de la région, tentées par le butin qu’abritait un caravansérail, le propriétaire de celui-ci prenait soin de convertir le bâtiment en forteresse, histoire de rassurer la clientèle composée en gros de commerçants.

Voyageurs solitaires et pèlerins filant vers la Mecque s’arrêtaient aussi dans les caravansérails pour passer la nuit. L’endroit grouillait de monde bien souvent.

Rassemblés autour d’un feu le soir, tous ces voyageurs se racontaient des histoires, faisaient du potinage et discutaient affaires. Gageons que les histoires des Mille et une nuits ont maintes fois fait le tour des caravansérails. Et comme le commerçant arabe acceptait de baisser son prix à condition que l’acheteur lui raconte une bonne histoire, imaginez-vous le bavardage autour du feu!

La chaîne de caravanes pouvait s’étendre de la Chine jusqu’à la frontière de l’Italie et de l’Autriche. Je le sais car un caravansérail se trouve à Sarajevo. Je l’ai vu lors d’un voyage en Bosnie-Herzégovine.

On croise donc des caravansérails en Chine, en Afghanistan, en Iran, en Turquie, en Syrie, en Israël. Et même dans les pays du nord de l’Afrique : Égypte, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye.

Beaucoup de ces pays  ont attribué au caravansérail le statut de bien culturel préservé par l’État. Un caravansérail datant de 1332 se trouve en Arménie. C’est celui de Sélim. Le plus grand de Turquie date des années 1200. J’en ai croisé beaucoup lors d’un voyage au Caire, capitale de l’Égypte.

Sources : notes personnelles et Wikipédia (article caravansérail).

Lithographie de Louis Hague et retouchée par David Roberts sur Wikimedia Commons

Photo de Babak Gholizadeh (Wikimedia commons)

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