Trop c’est trop!

Siège de la télévision d'État CCTV à Pékin appelé aussi Le pantalon. Photo: iStockphoto
Siège de la télévision d’État CCTV à Pékin appelé aussi Le pantalon. Photo: iStockphoto

Imaginez la scène: Stephen Harper se lève à la Chambre des communes et demande aux Canadiens de mettre un frein à la construction d’édifices aux formes bizarres. Trop, c’est trop, dit-il.
Cela ne risque pas d’arriver pour deux raisons. Stephen Harper n’est pas un dictateur et le Canada est un pays plutôt conservateur en matière d’architecture. Les immeubles aux formes grotesques ne courent pas les rues.
De toute façon, ce serait du délire. Une telle scène est impossible. Quel dirigeant oserait le faire? Et puis, quel pays au monde peut-il se targuer d’avoir sur son territoire un surplus de bâtiments à l’architecture étrange?
Nous avons la réponse: la Chine.
La scène s’est produite à la mi-octobre. Selon l’Agence France-Presse, le président chinois Xi Jinping a profité d’un discours devant une délégation d’artistes pour demander à ce que l’on mette fin à la multiplication de constructions bizarres en Chine.
Piqués par la curiosité, nous nous sommes jetés sur le clavier et sur un tas de livres pour explorer les principales villes chinoises. Époustouflant! Les trois photos ci-contre ne sont qu’un très mince échantillon de tout ce qu’on peut trouver en Chine en immeubles inusités.
Pourquoi une telle abondance?
Les Chinois ont ouvert leurs frontières au monde dans les années 90. Du même coup, ils ont adopté le libre marché. Dans leur volonté de s’occidentaliser rapidement, ils ont fait appel aux architectes du monde entier car tout était à faire en Chine.
En peu de temps, le pays est devenu un immense laboratoire, et pour les architectes étrangers et pour les jeunes architectes chinois sortant des universités locales. Les capitaux étaient là, l’espace était là, le génie créatif était là.

Le National Center for the Performing Arts à Pékin. Son surnom? The Alien Egg. Photo: iStockphoto
Le National Center for the Performing Arts à Pékin. Son surnom? The Alien Egg. Photo: iStockphoto

Tout a explosé. Les immeubles aux formes grotesques sortaient de terre les uns après les autres. Ce qui devait arriver arriva. Les internautes chinois ont commencé à se moquer des formes comiques, de l’étrange poussé à l’extrême et du design de mauvais goût de certains d’entre eux.
Une tempête s’est déclenchée sur les réseaux sociaux: commentaires, sarcasmes, dénonciation de l’utilisation des fonds publics, surnoms à caractère sexuel pour désigner certains édifices.
Le gouvernement chinois a même cru bon de censurer les discussions pendant un laps de temps pour calmer le jeu. Autre débat : beaucoup de Chinois déplorent l’occidentalisation de l’architecture. Faut dire que le contraste avec les bâtiments traditionnels est énorme.

L’Oriental Pearl TV Tower qui ressemble à un spoutnik au milieu des tours? Photo: iStockphoto
L’Oriental Pearl TV Tower qui ressemble à un spoutnik au milieu des tours? Photo: iStockphoto

Ces immeubles ci-contre paraissent très conservateurs en regard des plus récents édifices qui figurent certainement parmi les plus avant-gardistes du monde. Si le sujet vous intéresse, jetez un coup d’œil sur les bouquins suivants. Vous serez étonné.
Références:

  • Building Projects in China, Bert Bielefeld, Birkhauser architecture 2002, 256 pages
  • New china architecture, Periplus Editions 2006, 240 pages
  • Heart-Made: the Cutting Edge of Chinese Contemporary Architecture
  • Cyberpresse
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