La maison de Bella

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La maison de Bella avait une vertu. À l’Halloween, nul besoin de la décorer. Pas de citrouille, ni de squelette, ni de fantôme, ni de sorcière, ni de monstre d’aucune sorte. La maison se suffisait à elle-même. Elle fournissait tout, tout, tout.

C’était une maison à deux étages, en briques rouges comme on en voit souvent à Yamachiche, le long de la rue principale. Mais les briques de la maison de Bella étaient vieilles, usées, abîmées.
La maison donnait directement sur la rue, donc sans gazon et sans arbre. Jamais personne n’entrait ni sortait. De l’extérieur on voyait les rideaux fanés. De mémoire ils étaient blancs. La porte principale était noire, ça je me souviens très bien.

La maison avait un air étrange. Et cela douze mois par année. Lorsqu’arrivait l’automne et que la lumière du jour s’assombrissait, la maison de Bella prenait un air vraiment maléfique. Surtout à l’Halloween lorsque les feuilles mortes virevoltaient tout autour. Aux yeux du gamin que j’étais, la maison était hantée. Mystérieuse à tout le moins.

Bella était ce que les gens appelaient à l’époque, parfois avec dédain, une «vieille fille». On ne la voyait jamais, sauf à la messe du dimanche. Elle marchait le dos voûté, habillée tout en noir. Tout sur elle était fané, poussiéreux, défraîchi.

Bella vivait seule. Ma mère disait qu’un frère venant de Montréal venait parfois s’occuper d’elle. Aux yeux du gamin que j’étais, Bella était une sorcière.

Bella est morte. La maison a été détruite. Il ne reste rien. La mémoire de l’endroit a été balayée. Par contre, dès que l’atmosphère de l’Halloween se répand dans les rues, je songe à Bella. Et je me dis: non vraiment, cette maison n’avait besoin ni de citrouille, ni de squelette, ni de fantôme, ni de sorcière, ni de monstre d’aucune sorte. Elle se suffisait à elle-même.

Photo: iStockphoto LP

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