Leonard Cohen s’ennuie de sa cuisine

Quand je pense cuisine, je pense René Lévesque. «Ti-poil», comme on l’appelait, adorait les assemblées de cuisine. C’est dans cette pièce qu’il aimait échanger avec son monde. Sa famille, ses amis, ses électeurs et électrices. Il s’y sentait à l’aise. Pas pour rien que Lévesque est largement considéré, même par plusieurs de ses adversaires, comme le premier ministre le plus populaire au Québec depuis les années 70, populaire dans le sens de près du peuple.

iStockphoto LP
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Beaucoup d’hommes et de femmes politiques reconnaissent le «pouvoir» de la cuisine lorsque vient le moment de convaincre un électeur ou une électrice de voter pour leur parti. Échanger des idées et des arguments dans la cuisine au lieu de la salle de séjour, c’est un pas de plus vers l’intimité de la personne. Nous sommes plus faciles à convaincre devant un café ou un thé, surtout dans un espace restreint.

La cuisine est certainement la pièce la plus chaleureuse de la maison. Ce n’est pas un hasard si les plus beaux souvenirs d’enfance ont pour cadre la cuisine. La cuisine ce sont les odeurs, la chaleur, la proximité entre les membres d’une famille.

Bien sûr qu’on échange des confidences dans une chambre à coucher, dans une salle de bain, dans une salle de séjour, mais si chacun d’entre nous pouvait passer en revue les moments de confidences, je crois qu’un bon nombre d’entre eux nous conduiraient à la cuisine.

Dans la salle de séjour, on s’écrase dans les fauteuils et les sofas, on regarde un film ou le hockey, on écoute de la musique, on se place devant l’écran de l’ordi pour un jeu vidéo ou pour consulter internet.

Dans la cuisine, on jase davantage. Le confort est souvent moindre, ce qui nous garde «sur le bord de la chaise», donc plus alerte, plus à l’écoute.

Sur le plan métaphorique, la cuisine c’est l’imparfait. Exemple: invité à se prononcer dans l’éternel débat à savoir quel est le meilleur album entre Jaune de Jean-Pierre Ferland (Le petit roi, Sing Sing, Le chat du café des artistes) et Charlebois-Forestier (Lindberg, In California, Dolorès), un observateur de la scène musicale québécoise a opté pour Jaune parce qu’il est plus parfait, plus léché. Et l’album de Charlebois? Il est remarquable et il a fait date, dit-il, mais il sonne «Kitchen Sound».

Leonard Cohen, photo Wikipedia de RAMA
Leonard Cohen, photo Wikipedia de RAMA

Début septembre à New York, dans une entrevue accordée au journaliste Alain de Repentigny La Presse, le chanteur Leonard Cohen (Halleluia, Dance me to the end of love, Everybody knows) évoque sa maison de la rue Vallières à Montréal.

Ce Québécois d’origine a longtemps habité Montréal. Depuis une dizaine d’années il vit dans un duplex à Los Angeles. Il n’exclut pas de revenir vivre un jour dans sa maison de la rue Vallières qu’il a lui-même rénovée au début des années 2000. «Elle penchait et j’ai dû enlever toutes les pierres et numéroter chacune d’elles», explique-t-il.

Lorsque le journaliste lui demande comment il perçoit sa ville natale depuis Los Angeles, Cohen répond en évoquant ses enfants: «Je n’ai pas de grande image intellectuelle. C’est ma cuisine à Montréal qui me manque beaucoup. J’aimerais être assis dans cette maison avec Adam, Lorca et leurs enfants.»

L’entrevue est riche d’informations sur sa vie et son parcours professionnel. Cohen explique pourquoi il est aujourd’hui un homme heureux. À lire.
Référence: LaPresse.ca du 22 sept. 2014

Photo : Wikipedia CC Attribution share alike de RAMA

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