Aller voir ses chums en passant par les toits

 

Je vois ça d’ici. Papa va discuter de l’échange de Guillaume Latendresse au Wild du Minnesota chez son ami Gustave, histoire de le piquer un peu. Il sort sur le toit de sa maison et prend la direction sud de la ville. Il grimpe une échelle, traverse le toit du voisin, descend une échelle, traverse un autre toit, remonte une échelle. De terrasse en terrasse, il se rend chez Gustave en moins dix minutes. Bien sûr, chemin faisant, il s’arrêtera chez Marc pour causer Alouettes et Coupe Grey.

Maman va chez sa sœur Ariane faire part de ses inquiétudes quant à l’habillement trop sexy de sa fille Audrey. Elle marche d’un toit à l’autre, direction nord. Chemin faisant, elle causera grippe A (H1N1) avec sa voisine.

Pour sa part, Audrey s’est échappée côté est de la ville pour bavarder mode et Coldplay avec sa meilleure amie. Comme d’habitude, elle reviendra sous les étoiles. Quant à son frère Maxime, il a tourné ses pas vers l’ouest, guitare sur le dos, pour aller jouer de la musique avec ses chums.

Quelle vie ce serait! Pas de rue, ni de trottoir, ni de bruit de moteur! On appelle ça « fantasmer ». D’autant plus qu’en hiver, ce serait plutôt malcommode.

Mais il fut une époque où, effectivement, les habitants de la ville se déplaçaient sur les toits en terrasse. Il n’y avait ni porte ni fenêtre au rez-de-chaussée. Fallait se protéger contre les bêtes sauvages et les attaques des tribus rivales. Pour mettre les pieds dans une maison, fallait entrer par une ouverture aménagée dans le toit au moyen d’une échelle qu’on remontait sur son passage. La ville s’appelait Çatal Höyük et se trouvait en Turquie actuelle, région où il fait toujours soleil.

Construites 6000 ans avant Jésus-Christ, les maisons rectangulaires de Çatal Höyük étaient faites de boue séchée et formaient un bloc compact car les rues n’existaient pas. Les gens passaient d’une maison à l’autre en marchant sur les toits. Ces toits étaient constitués en terrasses, les maisons étant de hauteur différente.

Le toit était vraiment le lieu de prédilection des habitants de Çatal Höyük. Assis sur des tapis, on bavardait, on buvait, on dormait. Les enfants jouaient en sautant d’un toit à l’autre. Un esprit débridé dirait que les habitants de Çatal Höyük pratiquaient le hiving dans sa forme primitive, cette forme de cocooning où l’on se replie à l’intérieur tout en restant branché avec l’extérieur (voir blogue dans la section Trucs et Cocooning)

La pièce commune dans chaque maison avait une grandeur de 20 à 25 mètres carrés. De toutes petites pièces complétaient l’intérieur. De magnifiques fresques monochromes et polychromes recouvraient les murs. On estime que 6000 personnes habitaient Çatal Höyük.

J’ai vécu une fois la sensation de passer d’une maison à l’autre en sautant sur les toits. C’était dans le quartier arabe à Jérusalem où j’ai vécu une semaine. Mais à Jérusalem, il y a des ruelles! C’est pas pareil!

Si vous aimez ce genre de billet historique, je vous invite à lire le billet précédent : « Au temps où les maisons étaient rondes ». Je parle de la ville de Jéricho. 

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