Voyager ou se payer une maison?

 « Non, je n’ai plus de toit, ni de meubles, ni quoi que ce soit qui compose une maison. »

Qui prononce ces mots? Désolé, vous vous êtes plantés! Ce n’est pas un sans-abri. Continuons!

« Lorsque je suis passé au Québec récemment, j’ai dormi chez Mme Larivière, une gentille voisine, puis chez Leslie, une accueillante employée de La Presse, chez ma sœur Chantal et chez mon copain Christophe, et….sur le plancher du bureau! »

Qui est cet homme?  Vous êtes coincés? Continuons!

« Même à la maison (lire Québec), je trimballe mon sac à dos. C’est vous dire combien j’aime voyager! »

Le mot est lâché: voyager!

Je suis d’accord avec vous, ils sont légion à voyager régulièrement tout en étant propriétaire d’une maison. Des revenus élevés, des placements judicieux, un héritage ou une somme gagnée à Loto-Québec leur permet de combiner les deux plaisirs. Par voyage, j’entends des pays d’Europe, d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique du Sud. Pas des excursions d’une semaine en Floride, à Cuba ou en République Dominicaine.

Mais pour la plupart d’entre nous, il faut faire un choix. Ou bien on s’achète une maison, ou bien on se tape des gros voyages qui se prolongent. Les propriétaires savent combien une résidence peut siphonner argent, temps et énergie. À la fin, il ne reste plus rien pour voir du pays. On pose les deux pieds sur un pouf et on regarde le dernier Tarantino ou le Canadien jouer à la télé.

Si on est vraiment vendu au cocooning: clavardage, café chaud, pantoufles et doudou, cinéma maison, vie en famille, odeur de tarte cuisant au four, le choix est facile à faire. Mais si la curiosité de voir du pays nous démange, le choix est déchirant! Surtout si on est conscient que l’achat d’une maison représente le meilleur investissement qui soit, donc la sécurité financière. Le voyage, au contraire, figure bien haut dans la colonne des dépenses non rentables.

Bruno Blanchet, comédien bien connu (La grande séduction, La fin du monde est à sept heures), a fait le choix de partir. Et pas à peu près! Le gars n’a ni maison, ni appartement, ni chambre, ni meubles. Il passe d’un hôtel à l’autre sur la planète depuis des années : Philippines, Ethiopie, Australie, Pérou, etc. Un vrai globe-trotter! Il semble avoir fait sienne la maxime de l’écrivain mexicain Octavio Le Paz : « Un homme qui possède un toit s’en retrouve prisonnier. »

J’imagine que pour les maniaques de la vie au foyer, le trip de Bruno doit sembler complètement fou. « Non mais, c’est quoi son problème à lui? Il court après la misère? »

N’empêche : je soupçonne qu’il y a autant d’adeptes du cocooning qui lisent religieusement les chroniques de Bruno dans La Presse chaque semaine que de voyageurs. Ne serait-ce que par envie. Et certains d’entre eux, surtout si la tuyauterie et les électroménagers viennent de lâcher en même temps ou que l’hypothèque commence à les étouffer, doivent se dire : « Coudons, me serais-je trompé? »

Source : Entrevue de Bruno Blanchette donnée à la journaliste Sophie Stanké, dans le magazine La semaine, édition 21 novembre 2009.

 

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