Une Chinoise nostalgique

J’ai reçu chez moi deux Chinoises et un Chinois jeudi dernier. Les trois ont appris le français au Québec. Les trois étudient à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Je leur ai demandé de me montrer à l’écran l’endroit d’où ils venaient. Le gars est originaire d’une ville près de Hong Kong, l’une des filles habitait une ville près du Tibet et l’autre, Zhou, était née dans un petit village non loin de Shanghaï. 

Zhou jubilait en me montrant son village natal à l’ordinateur. Ce qui me frappait, c’était le nombre de gratte-ciel. Il y en avait partout! Ils étaient aussi nombreux qu’à Montréal. Et elle osait appeler ça un village! En fait, le village dont elle parlait existe encore, mais il est en partie situé dans un musée souterrain.

À un moment donné, Zhou a pris un air triste en disant : « Autrefois, la Chine était le plus beau pays du monde. Maintenant, il y a des buildings partout! On ne voit plus les paysages. »

La phrase de Zhou traduit parfaitement ce qui se passe en Chine depuis vingt ans du côté immobilier.

On sait que la Chine sera la prochaine puissance mondiale, que ses millions de consommateurs nous ont permis de sortir de la crise économique plus vite que prévu, que le centre du monde se déplace vers l’Asie et que le chinois est sur le point de supplanter l’anglais comme langue internationale.

Mais la Chine vit aussi un boom immobilier gigantesque! La demande est si forte que l’offre n’arrive pas à suivre. Des milliers de paysans quittent la campagne pour s’installer dans les grandes villes. Sans compter les milliers d’étrangers venus en Chine pour faire fortune. Conséquence : les prix montent en flèche.

L’automne dernier à Hong Kong, un appartement s’est vendu à 60 millions (dollars canadiens), devenant l’appartement le plus cher du monde. Il s’agit d’un duplex composé de cinq chambres à coucher, situé au 68e étage d’un gratte-ciel planté en plein cœur de Hong Kong. Le coût au pied carré revient à 14 000$. Imaginez! 14 000$ le pied carré!

Bon, nous sommes dans le marché du luxe, évidemment! Mais cette vente historique reflète quand même le prix que peut atteindre les maisons destinées à la masse populaire. 

Le mois dernier, Pékin a annoncé que chaque famille n’aura droit qu’à un seul achat immobilier supplémentaire. Ainsi, les banques n’ont plus le droit d’accorder un prêt pour un troisième logement. Devant la hausse vertigineuse des prix, le gouvernement veut stopper toute surchauffe immobilière et, par voie de conséquence, permettre à l’économie de garder sa vitesse de croisière. Si l’économie chinoise s’écroule, la reprise économique mondiale risque de s’effondrer aussi. Et les troubles sociaux surgiront en Chine.   

Faut savoir que Pékin fait face à une nouvelle bébitte que l’on connaît bien en Amérique : le spéculateur immobilier.

Un jour, j’ai lu l’histoire d’une Chinoise qui revenait dans son pays après plusieurs années de travail humanitaire en Amérique du Sud. Elle avait déclaré : « Il m’arrive de regretter la Chine d’autrefois. Le prix à payer pour un niveau plus élevé est lourd. »

Demain, je vous reviens avec la ville fantôme de Kangbashi.

(Photo Hong Kong)

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