Un nouveau chez soi pour François, atteint d’Alzheimer

 

Dans le billet précédent, nous avons vu comment aménager un escalier pour la protection des personnes âgées. Maintenant, je vous raconte une histoire que j’ai vécue l’an dernier. J’ai beaucoup appris sur la façon d’aménager le nouveau chez soi d’une personne victime d’Alzheimer. Il faut s’arranger pour que le dépaysement soit le plus léger possible afin de réduire le choc de la personne de se voir arrachée à sa maison pour emménager, contre son gré, dans un nouveau logement.

Le cas de François (nom fictif) s’aggravait. Fatiguée, sa femme ne pouvait plus s’occuper de lui. Fallait les sortir de leur maison tous les deux. Ils accumulaient gaffe par-dessus gaffe. C’était devenu dangereux. Évidemment, ni François ni sa femme ne voulaient laisser leur maison.

Un beau matin, tristes à mourir, les enfants se sont présentés au domicile de leurs parents. Ils étaient là pour les arracher à leur maison. Tous les petits-enfants y étaient. « Qu’est-ce que le camion fait là? » demanda François en apercevant le camion de déménagement. 

Les jours précédents, les enfants avaient réussi à persuader leur père qu’il serait mieux pour lui et sa femme de quitter leur résidence. Mais c’était toujours à recommencer. François se montrait d’accord. Un moment plus tard, il oubliait.

Mais le jour du déménagement, il piqua une colère. La scène à laquelle j’ai assisté était insupportable. François, 82 ans, se lamentait comme un bébé pendant que toute la famille vidait la maison. Il pleurait, sanglotait, proférait des menaces : « Vous n’avez pas le droit de me faire ça! » Les enfants lui expliquaient, François comprenait. Dix minutes après, il oubliait. Et c’était la crise!

Le chargement fini, on me demanda d’éloigner François et sa femme, de les emmener quelque part, le temps d’aménager leur nouvel appartement. Trois heures plus tard, je les ai ramenés devant la résidence. « Qu’est-ce qu’on fait ici? » demanda François en observant l’immeuble. Je lui ai dit que c’était son nouveau chez lui. Il explosa. « Mais j’ai une maison! Je veux un avocat! Mes enfants n’ont pas le droit de faire ça! »

Il a fini par monter à l’étage.  

Une surprise l’attendait. Il y avait des ballons partout, l’ambiance était à la fête, toute la famille était là. Derrière elle, un magnifique écran plat de 40 pouces en guise de cadeau.

«Pourquoi tout ça? » demanda François. On lui répondit que c’était leur nouveau chez eux, à lui et à sa femme. Qu’ils venaient d’emménager dans un nouveau logement.

Mais ce n’est pas tellement le cadeau que l’aménagement qui contribua à adoucir la transition. Le CLSC avait conseillé aux enfants de François de transposer la décoration et les meubles de l’ancienne maison dans le nouveau logement afin que leur père se retrouve « dans ses vieilles affaires ». Ils l’ont écouté. Le vieux sofa fané était toujours là, la vieille table de cuisine aussi, les vieux cadres et les vieilleries. Seuls la laveuse, la sécheuse, les sommiers et les matelas étaient neufs.

Si les enfants de François avaient cédé à la tentation du neuf mur à mur, leur père aurait souffert davantage ce jour-là.

(Photo: 20minutes.fr)

 

 

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