Un architecte au goût orgiaque bientôt béatifié

 

 

Vous avez devant vous la Sagrada Família, œuvre maîtresse de l’architecte Antoni Gaudi et  l’un des sites les plus courus par les touristes en Espagne. Dans le billet d’hier (ne ratez pas la photo!), je vous demandais si vous perceviez un crâne dans la façade de La Casa Betllo, œuvre majeure de l’architecte de Barcelone. Aujourd’hui, vous êtes censé voir des branches et des troncs d’arbres dans les colonnes de ce magnifique temple de Barcelone. Car l’intention de Gaudi était de fondre une forêt dans l’architecture d’un bâtiment.

Gaudi adorait jouer avec les formes géométriques. La courbe reste sa figure de prédilection. Il aimait surcharger ses bâtiments de formes et de couleurs. Jetez un coup d’oeil aux photos en bas du texte pour vous en convaincre. 

Marchant jusqu’à dix kilomètres par jour, Gaudi puisait des idées à pleine truelle dans la nature qui l’entourait. Tout l’inspirait: montagnes, rochers, cavernes, joncs, coquilles, vagues, roseaux, troncs d’arbre. Il transposait l’anarchie des formes de la nature dans l’architecture. C’est pourquoi on taxait son style d’organique. Le mot est bien choisi : organique! D’autres disent végétal!

On voit d’un peu de tout dans l’architecture de Gaudi. Du gothique, de l’art nouveau (décoration à profusion et contraste puissant), de l’art islamique, du baroque. Gaudi concevait le bâtiment en entier, de la charpente jusqu’à la décoration en passant par l’architecture. Une équipe composée de professionnels de la construction était à son service.

Prenez par exemple la Sagrada Familia. Il n’avait que 31 ans lorsqu’il a reçu la commande. Non seulement il a tout conçu de A à Z, mais il improvisait la plupart du temps. Vous avez bien lu : il improvisait. Il se fiait à son instinct. Il a consacré 43 années de sa vie à travailler sur cet édifice, surtout les 15 dernières.   

Les fondations de ce temple ont été jetées en 1882. Gaudi a pris les commandes l’année suivante. Et la construction n’est toujours pas parachevée! On s’attend à terminer le temple vers 2030. Pourquoi tant de retard? Vu que Gaudi improvisait un tant soit peu, les ouvriers se sont retrouvés le bec à l’eau quand l’architecte est mort en 1926. Il y avait bien un plan directeur, mais il a été détruit durant la Guerre civile espagnole. Et puis Gaudi tenait mordicus à ce que le financement ne provienne que de dons d’individus ou d’entreprises. Pas question que le gouvernement ne donne un seul sou! Attendre les dons, ça peut être long!  

Gaudi ne faisait pas bonne impression comme étudiant. En lui remettant son diplôme, le directeur de l’École d’architecture de Barcelone déclara : « Nous avons accordé le diplôme à un fou ou à un génie. Le temps nous le dira »

Le temps s’est exprimé et aujourd’hui, Gaudi est considéré comme un artiste de génie. Sept des œuvres de l’architecte espagnol sont protégées par l’UNESCO. C’est énorme!

Vous croyez Gaudi riche? Détrompez-vous! De riches bourgeois l’ont soutenu financièrement toute sa vie. À la fin, seul au monde, il demandait l’aumône pour poursuivre ses travaux. Renversé un jour par un tramway, il est resté étendu longtemps avant d’être secouru, les passants croyant qu’il s’agissait d’un mendiant à cause de l’usure de ses vêtements. Il en est mort!

Malgré toute cette orgie de formes et de couleurs, Gaudí était un être qui pratiquait la simplicité volontaire. Beau paradoxe!

Chaste et austère il était. Religieux jusqu’au bout des orteils, il vivait comme un moine. D’ailleurs, en l’an 2000, le Vatican a autorisé les démarches afin que l’architecte soit béatifié. Son corps est enterré dans la crypte de la Sagrada Familia.  

(Source Wikipedia, photos Google et Wikipedia)

 

 

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestShare on LinkedInEmail this to someone