Réfugiée sur un toit pour crier sa peur

 

J’ai toujours eu un faible pour les toits. Certaines personnes s’attachent aux portes, d’autres à la poésie des fenêtres et des lucarnes, d’autres aux caves mystérieuses. Lors d’un séjour d’une semaine dans la vieille ville de Jérusalem, j’avais pris l’habitude de monter chaque soir sur le toit d’un vieux bâtiment faisant face au fameux Dôme du Rocher tout doré! Je marchais d’un toit à l’autre en écoutant les murmures de Jérusalem. La promenade durait une vingtaine de minutes. J’y allais par pur plaisir.

On peut aussi grimper sur le toit pour fuir quelque chose. On grimpe sur le toit quand la pression se fait trop forte au niveau du sol. La pression peut être physique: un immeuble en feu, un type armé qui vous poursuit ( Allo James Bond et Jason Bourne! ), une explosion.

La photo sombre que vous voyez par contre est l’aboutissement d’une pression psychologique. Elle montre une jeune Iranienne réfugiée sur un toit-terrasse de Téhéran. La jeune fille crie, les mains en porte-voix. C’était quelques jours après la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad en juin dernier.

Il faut savoir que le peuple d’Iran est coincé de partout ces derniers mois. L’Occident exerce des pressions pour empêcher le pays de se doter de la bombe atomique. De son côté, le gouvernement iranien augmente les dépenses militaires et multiplie les déclarations incendiaires. Et réclame la destruction d’Israël! On le soupçonne d’avoir truqué les élections de juin dernier. Depuis, le gouvernement interdit toute manifestation populaire. L’opposition fait la sourde oreille. Si bien que le pays risque de casser en deux. Une odeur de guerre civile flotte dans l’air. La pire des guerres!    

La photo n’est pas banale. Elle a valu au photographe italien Pietro Masturzo le World Press Photo Award 2009, le plus prestigieux des prix en photojournalisme.  «La photo rend de manière puissante l’atmosphère, la tension, la peur, mais aussi la tranquillité et le calme», a souligné la jurée Kate Edwards.

La photo montre aussi que le toit ne sert pas juste à nous protéger des éléments naturels. Il nous protège aussi des assauts de la vie quotidienne. Toit = refuge.   

 

 

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