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Qui prend maison prend quartier

Cela se produit souvent. Un propriétaire heureux de son acquisition finit par désenchanter. La propriété lui déplaît? Au contraire! Le problème, c’est le quartier, les voisins, les services publics. Avant l’achat, le propriétaire avait jugé inutile d’explorer le quartier. Danger!

Tout excité d’avoir trouvé la propriété désirée, on se dépêche à signer de peur de la perdre. De l’autre côté, le vendeur est bien content de vendre, surtout s’il a obtenu le prix qu’il voulait. Sans penser mal, il sera porté à exagérer les avantages. Aller au centre-ville de Montréal? Trente minutes (en réalité c’est le double). La station de métro la plus proche? Dix minutes à pied gros maximum (en autobus oui). Et ainsi de suite.

L’acheteur et le vendeur sont fébriles, ils coupent court, ils se créent des illusions. On veut croire ce qu’on veut croire. C’est normal.

Si vous visez la banlieue, avant d’acheter, prenez le temps de faire le trajet en automobile vers le centre-ville. Et dans les pires conditions possibles. En ville, prenez le temps de marcher jusqu’à la station de métro la plus proche, sans vous presser. Faites de même pour l’épicerie, l’école, la garderie, le dépanneur.

Consacrez une journée à flâner dans le quartier où se trouve la propriété convoitée. Flâner, littéralement. Observez les alentours, échangez avec les gens, les voisins en particulier, traversez les parcs, prenez le pouls du quartier. Combien de commerces ont fermé ces derniers temps? À quoi ressemble le déneigement en hiver? Des changements de zonage en vue? Comment se déroule le transport scolaire? De quoi les résidants du quartier sont-ils le plus fiers? Qu’est-ce qu’ils aiment le plus? Qu’est-ce qu’ils détestent le plus?

Les sources d’informations les plus fiables sont souvent les chauffeurs de taxi et d’autobus, les serveurs dans les restos, les policiers, les coiffeurs. Nous avons connu un producteur de spectacles qui, avant de mettre les billets en vente, passait chez le coiffeur du village pour répandre la nouvelle. Les coiffeurs savent beaucoup de choses en ce qui a trait à la vie d’un quartier.

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Procéder à l’achat d’une propriété pour ensuite apprendre que le voisin est un sympathisant d’un groupe de motards criminalisés, cela s’est déjà vu. Les enfants des deux familles avaient eu le temps de fraterniser. Quand le motard a fait l’objet de l’attention médiatique, la valeur de la propriété a commencé à baisser.

Avant de mettre une croix sur la ville parce que le coût des propriétés est trop élevé par rapport à la banlieue, faites non seulement les calculs, mais comparez le coût et l’efficacité de services. Puis, complétez le tout avec une longue promenade dans les quartiers qui vous semblent sympathiques. En d’autres termes, faites le tour du jardin, au sens propre et au sens figuré.

Aussi compétent que puisse être votre courtier immobilier, même s’il œuvre dans le quartier depuis des lunes, il ne sait pas tout. Et dites-vous que pour respirer l’air et la vie d’un quartier, le courtier ne peut pas vous remplacer.

Photos : iStock.com

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