Un pied de lampe qui vaut de l’or

Le soldat déprime au fond de la tranchée. Demain il montera au front. Il est nerveux, il a peur, il a faim, il s’ennuie de sa famille. Autour de lui: l’humidité, la boue, la dysenterie, les rats.

iStockphoto
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Pour se changer les idées, il décide de bricoler. Un camarade mort au front a laissé douilles d’obus, particules de métal, pièces d’armes hors d’usage, morceaux de bois et autres matériaux dans un coffre.

Avant de mourir, l’homme avait eu le temps de fabriquer des gourdes et des fourneaux pour pipes à l’intention de ses compagnons.  Artiste sur les bords, il avait même fait une petite sculpture. Il fabriquait tout ça dans un atelier de fortune qu’on avait dressé au creux de la tranchée.

Le soldat repère le coffre sous le lit superposé du compagnon mort au front. Il se dirige vers l’atelier, ouvre le coffre, étend les objets sur une planche de bois.

Il jongle avec les idées. Tiens, ce sera un porte-plume. Non, ce sera un pied de lampe plutôt. Sa femme adore les lampes.

Ce sera un cadeau pour celle  qui l’attend à la maison, à des milliers et des milliers de kilomètres. Ensuite, il bricolera quelque chose pour les enfants.
Le soldat commence à travailler. Né à la campagne, il a appris à bricoler avant de monter à vélo. Le soir venu, le pied de lampe est terminé. Il le dépose dans le coffre dans lequel il laisse tomber un petit mot à l’intention de sa femme.

Le lendemain, il quitte pour le front. Il ne reviendra pas. À la tranchée, on met la main sur le coffre. La guerre terminée, un soldat l’apportera à sa femme. Les enfants par contre ne sauront jamais que leur père s’était promis de leur bricoler un cadeau.

Aujourd’hui, le pied de lampe trône sur une étagère de la bibliothèque de la petite-fille du soldat, qui l’a reçu en cadeau de sa mère.  Elle le considère comme un accessoire décoratif  Le pied de lampe n’est pas très beau. Il est même plutôt laid.

Mais pour la petite-fille du soldat, il vaut de l’or.

Pour bricoler cette histoire fictive,  j’ai tout simplement romancé un passage du très beau livre de l’auteur André Loez: Les 100 mots de la Grande Guerre.

Aujourd’hui, beaucoup de ces objets d’artisanat se trouvent dans des musées ou simplement chez des petits-fils ou petites-filles de soldats morts durant la Première Guerre mondiale

Le 28 juin, on soulignera le centième anniversaire du début de ce que beaucoup d’historiens considèrent comme la plus cruelle de toutes les guerres. Dans cette perspective, le livre de M. Loez apporte un éclairage très humain.

Référence:
Les 100 mots de la Grande Guerre, André Loez, Que sais-je? Presses universitaire de France, Paris, 2013, 127 pages

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