Mort aux décorateurs de restos!

iStockphoto
iStockphoto

Nous sommes tous entrés dans un resto un jour en chuchotant à l’oreille de l’autre: «As-tu vu la décoration? Plus kitsch que ça tu meurs!»

Dans un passé pas si lointain, les propriétaires de restos dont la spécialité est le poisson se plaisaient à peindre sur les murs des barques flânant sur le rivage, des filets de pêche ou des pipes de pêcheurs.  Bien sûr, il en existe toujours. Ce n’est pas toujours mauvais comme déco. Mais presque.

Du côté de la restauration grecque, on frise l’écoeurantite aigue avec l’Acropole, les volets bleus et les maisons blanches.

Pour ma part, je ne sais combien de photos ou d’affiches d’Elvis, de Marilyn Monroe, de James Dean et de Marlon Brando j’ai croisées dans les restos. S’il y a un jukebox dans la place, on comprend que le resto a livré son âme aux années 50. C’est donc cohérent. Sauf que, parfois, on se demande ce qu’Elvis fout au resto du coin qui vend des hot dog et des hamburgers.

Pourquoi parler de ça aujourd’hui? Parce que j’ai mis la main récemment sur un petit livre signé Charb, le directeur de publication de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo (connu pour avoir publié des caricatures de Mahomet). Je me suis immédiatement dirigé vers le chapitre: Mort aux décorateurs de restos. D’où le titre de mon billet aujourd’hui.

Voici ce que Charb dit dans son langage typiquement français: «Le boui-boui infâme, le McDonald’s standardisé, l’auberge bourgeoise ou le restaurant le plus raffiné ont tous un point en commun frappant: le mauvais goût de la déco. Combien de fois avez-vous dû plonger le nez dans votre auge pour échapper aux ignobles croûtes qui recouvrent les murs?»

Charb écorche au passage ces tableaux qui, pour le commun des mortels n’ont aucun intérêt. «Des peintres du dimanche, des tocards du pinceau, des ratés du fusain», écrit-il.

Voici le passage le plus savoureux: «Faut-il également évoquer les décorations à thème? Dans un restaurant italien, vous avez des chances de trouver des masques vénitiens en plus des tableaux. Dans un restaurant du terroir, des sabots en bois, une fourche ou une serpette; dans un restaurant espagnol, des banderilles et des castagnettes; dans un restaurant mexicain, des sombreros et des ponchos… et les moches plantes vertes que même votre mère ne voudrait pas pour sa fête.»

Et Charb de conclure dans son langage hautement sarcastique: «Je crois que vous serez d’accord, il faut clouer les têtes de ces propagandistes du laid au mur de leur établissement afin d’égayer le lieu. Amen»
Avis aux amateurs de propos satiriques, je me suis vraiment marré en lisant le bouquin qui se glisse dans une poche.

L’humour de Charb aborde les batailles d’experts, les météorologues, les clients des supermarchés, les journalistes sportifs, les tatoués, les détergents, les concepteurs de portables, les croissants au beurre et bien d’autres.
Nous ne sommes pas obligés d’être d’accord avec Charb, mais la lecture est rafraîchissante et, il faut le dire, le gars n’est pas loin de la vérité. Assez souvent même.

Référence: Petit trait d’intolérance, Charb, éditions Les Échappés, 2009,  125 pages

Photo : iStockphoto LP

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestShare on LinkedInEmail this to someone