Montréal ou la banlieue?

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Un jour dans la salle de rédaction d’un journal hebdomadaire à Laval,  un journaliste revient d’une conférence de presse. Il est dans un état d’agitation avancé: «Je viens de voir la chose la plus laide de ma vie», lance-t-il dès l’entrée. Ces confrères s’agitent à leur tour: «Quoi, quoi, quoi?» Le journaliste: «J’arrive du quartier Ste-Dorothée. Toutes les maisons sont pareilles! D’un bout à l’autre de la rue. Toutes identiques!»

Précisons que le gars avait grandi à Montréal et, de mémoire, il habitait le Plateau Mont-Royal.  Il n’avait pas d’auto. C’est en taxi qu’il se rendait aux conférences de presse. Inutile de vous dire qu’il n’était nullement question pour lui de s’établir un jour à Laval.

Quelques années plus tard, j’ai sursauté en entendant un acteur montréalais déclarer à l’émission Tout l’monde en parle qu’il avait un haut-le-cœur chaque fois qu’il mettait les pieds dans la zone du 450.
On s’entend pour dire que ces deux réactions, celle du journaliste et celle de l’acteur, sont extrêmes. On peut affirmer ne pas aimer la banlieue sans tomber dans l’hyperbole.

Remarquez que certains propriétaires de la banlieue ne se gênent pas pour répandre des faussetés en décrivant Montréal comme une ville sale, polluée, bruyante et truffée de criminels. En banlieue aussi on navigue de façon très habile dans les méandres de l’exagération.

Au début des années 2000, j’ai entendu, de mes propres oreilles, un conseiller municipal déclarer que Laval n’avait rien à cirer de la pauvreté et que Montréal pouvait bien garder ses pauvres de l’autre côté des ponts. Puis, un haut fonctionnaire de déclarer que Laval n’avait plus rien à envier à Montréal. Le seul titre qui restait à la grande ville, c’était celui de pôle financier international.

Reste que l’écart entre les deux univers  -car il s’agit bien de deux univers distincts-  est fascinant. Récemment, une femme d’une cinquantaine d’années était en voie de réaliser le rêve de sa vie : être propriétaire d’un café. Elle a sondé Montréal, elle a sondé la banlieue.

Ses lectures et ses consultations lui ont appris que les gens de la banlieue ont un faible pour les restos de bannière : Scores, Saint-Hubert, Pacini, Normandin.  Les gens de Montréal, eux, penchent du côté des restos uniques possédant leurs propres concepts.

Coïncidence plutôt étonnante: il n’y a pas si longtemps, nous avons invité un couple lavallois à venir nous rejoindre, ma conjointe et moi, à Montréal pour le souper. Nous voulions leur faire découvrir un resto qu’on nous avait fortement recommandé. Le poulet sur charbon est succulent, paraît-il. La femme a préféré un poulet de chez Costco.

(Suite demain)

photo : iStockphoto LP

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