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La maison que vous ne verrez jamais

Pourquoi en parler? Parce qu’un livre lui a été consacré. Encore mieux: la résidence est si unique que la déco intérieure fait partie des collections du Musée de la civilisation. En clair, elle appartient à notre héritage national.

Pourquoi a-t-elle disparu? Parce que la maison et presque tous ses trésors ont été balayés par les travaux de terrassement de la colline parlementaire, à Québec, en 1963. Aujourd’hui, c’est le siège social de la compagnie d’assurances La Laurentienne-Vie qui s’élève à cet endroit.

Jamais je n’aurais connu l’existence de cette maison si je n’étais tombé par hasard sur le minuscule bouquin Un rêve Art déco de Danielle Rompré, historienne de l’art et conservatrice.

Le livre fait à peine 60 pages, mais il nous dévoile en photos l’extérieur et l’intérieur de la maison d’Henri Bélanger, arpenteur-géomètre et riche bourgeois de Québec.

Revenant d’un voyage en Europe où il avait connaissance avec l’architecture moderne, M. Bélanger avait demandé  à l’architecte d’origine suisse  Robert Blatter, fraîchement débarqué au Québec, de lui construire une maison Art déco.

Nous sommes à la fin des années 20. L’esprit Art déco déferle sur tous les continents. L’auteure Danielle Rompré décrit ce courant international comme une nouvelle identité culturelle, un nouvel esprit, une nouvelle manière d’être, une nouvelle forme de plaisir, un nouveau désir alliant l’insouciance à la soif d’élégance.

Mme Rompré souligne que la folie Art déco a contribué à la formation du goût des consommateurs dans les décennies suivantes. Selon elle, la déco des années 60 s’est fortement inspirée de celle des années 20 et 30.

Comme toute construction Art déco qui exige une géométrie audacieuse, l’extérieur de la résidence Bélanger est découpé en volumes parfaits qui donnent naissance à une impression de verticalité et de dépouillement. Un mariage de pierre, de brique et de fer forgé compose l’architecture.

Le hall d’entrée de la résidence se fait somptueux. Puis, grâce aux photos, Mme Rompré nous fait visiter chaque pièce de la maison située au 131 rue de Claire-Fontaine, près de la Grande Allée. Ce petit bijou a failli voir le jour sur l’avenue des Braves.

Peu importe la pièce, nous sommes témoins d’un aménagement intérieur basé sur le confort, le luxe et le dépouillement. En plus des pièces conventionnelles, Mme Rompré nous fait entrer dans le vivoir, le bar, l’aire de repos, le vestibule. Elle nous montre toute une panoplie d’accessoires décoratifs de l’époque: paravent, table basse, lampe de table.

Construite en béton armée, la résidence renfermait quatre foyers de marbre et plusieurs portes en fer forgé, dont celles de l’entrée et celle du bar. Les autres étaient en acajou, en bois de rose ou en ébène.

Le bouquin se termine sur une entrevue avec l’architecte Robert Blatter, décédé en 1998. Outre la maison Bélanger, l’homme a construit les maisons Joncas, Langlois et Bienvenue, coin St-Louis et des Braves, Émile Beauvais et la maison Kerhulu.

Si vous aimez l’immobilier, la décoration, l’Art déco, les années 20 et la petite histoire, vous adorerez le livre de Mme Rompré.

C’est Robert Blatter qui a conçu les plans du Colisée de Québec. Il a également participé à la reconstruction de la basilique St-Anne-de-Beaupré.

Pour en savoir plus sur cet architecte, lisez l’article La révolution Blatter de la journaliste Michèle Laferrière du journal Le Soleil.
Ou encore le mémoire d’Agathe Chiasson-Leblanc intitulé Visions d’espaces modernes (architecte résidentielle de Robert Blatter).
Référence:
Un rêve Art déco, Danielle Rompré, La collection Bélanger-Blatter, Musée de la civilisation, 1994, 58 pages

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