Quand la maison devient une passoire

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Ma mère et mes tantes écoutaient leur cousine américaine leur raconter une petite merveille. Son père était venu rendre visite à sa famille dans la région de Trois-Rivières. Nous sommes au tournant des années 50.

La cousine expliquait à ma mère et à mes tantes que son père venait d’acheter un téléviseur. C’est une petite boîte avec des images dedans, disait-elle, des images en noir et blanc. Les gens bougent à l’écran comme dans la vie de tous les jours.

Et ma mère et ses sœurs de taper des mains lorsqu’elles ont appris que la vente du nouvel appareil allait franchir la frontière et grimper vers le nord.

Le téléviseur devenait le troisième appareil à connecter le monde extérieur à l’intérieur des maisons, les deux premiers étant le téléphone et la radio.

Il y a à peine 200 ans, la maison était un refuge parfaitement imperméable. Si on fermait portes et fenêtres, on se retirait du monde extérieur. On se scellait soi-même. Isolement total. Bien des choses ont changé.
Ceux et celles qui ont suivi de près la Deuxième Guerre mondiale ont mesuré tout le pouvoir de la radio lorsque, parfois, le correspondant de guerre faisait entendre sur les ondes le bruit des obus qui explosaient derrière lui. Pour les gens de l’époque, ce devait être terrifiant.

L’impact de la télé sera plus terrifiant encore. Enfant, je me rappelle avoir vu un reportage à l’émission Le 60 animée par Pierre Nadeau. Le sujet : des gens mourant de faim en direct.  On pouvait le voir, confortablement assis dans son salon.

C’était dans un pays d’Afrique. Ventres bombés, yeux exorbités, les côtes qui vous sautaient aux yeux, les mouches, les bébés squelettiques. C’était à vomir! On dit que c’était une première émission du genre au Québec, mais cela reste à prouver.

Cette émission m’a tellement marqué que je suis mal à l’aise aujourd’hui lorsque je dois retirer trois à quatre articles du frigo avant de mettre la main sur ce dont j’ai besoin tout au fond. Et je me sens mal quand je vois quelqu’un jeter les restes d’un repas copieux à la poubelle.

Plus tard arriva la guerre du Vietnam dans les années 60. Pour la première fois, la télé transmettait en direct des images de la guerre. Le choc!  Des milliers et des milliers de gens ont déserté les salons douillets pour  manifester dans les rues et réclamer la fin de la guerre, peut-être une première dans l’histoire. Rappelez-vous: la petite Vietnamienne sur la route, le corps en flammes à cause du napalm, un gaz utilisé par les Américains.

Selon plusieurs historiens, c’est ce qui poussa le président Richard Nixon a retiré les troupes américaines du Vietnam. George W. Bush l’a partiellement reconnu en déclarant autour d’une table que, n’eut été des médias, les Américains auraient gagné la guerre du Vietnam.
Surgit la Guerre du Golfe en 1991 menée par George H. Bush, le père de l’autre. Pour la première fois de l’histoire, les gens pouvaient assister, à partir de leur salon, au déroulement d’une guerre, cette fois-ci 24 heures sur 24, grâce à l’arrivée de CNN.

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Puis, comme une pieuvre, Internet est venue couvrir toute la planète de ses tentacules. Facebook, YouTube, Twitter avec l’aide du téléphone intelligent ont permis à n’importe quel citoyen du monde de mettre en ligne n’importe quelle image à n’importe quel moment de la journée. Exemple : Ukraine et Gaza.

Même en fermant hermétiquement portes et fenêtres, comme ce fut le cas pendant des siècles et des siècles, serions-nous capable aujourd’hui de ne pas appuyer sur le bouton on ?

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