L’illusion de l’agrandissement

C’était unbungalow typique de la banlieue, à Blainville au nord de Montréal.Une maison parmi tant d’autres, décoration classique, piècesconventionnelles incluant un sous-sol à rénover. Curieux, jefaisais le tour de la cuisine tandis que ma copine, venue faire savisite du temps des fêtes, échangeait avec son amie.

Une peintureaccrochée au mur attira mon attention. Non ce n’était pas àcause des couleurs, ni de l’objet de la peinture. C’était justecomme une invitation plutôt vague. Une sensation de fuite au loin.Une illusion d’ouverture vers l’extérieur. Je me suis rapproché.Et j’ai compris.

Ce n’était qu’unefenêtre s’ouvrant sur la mer au loin. Rien de plus. Juste unepeinture de dimension moyenne, jolie d’ailleurs, aux couleurschaudes. Mais placée sur le mur comme ça, elle réussissait àagrandir la cuisine. La forme verticale de la toile, les voletsouverts, le plancher du balcon à l’avant-plan qui transportaitnotre regard vers les vagues au loin, tout ça ouvrait le mur. Biensûr, ce n’était pas aussi efficace qu’une vraie fenêtre ouqu’un miroir, mais l’effet était réel.

Je suis passé ausalon. Sur le mur d’en face, une peinture s’étirait àl’horizontale. Même impact que dans la cuisine! Une sensation defuite, une illusion d’ouverture vers l’extérieur. Cette fois,les couleurs étaient plus froides. Mais la composition était lamême. Juste une fenêtre s’ouvrant sur la mer. Même si le salonétait petit, la peinture le faisait paraître plus grand. Onrespirait davantage.

Nous sommes passésà la salle à manger pour le thé. Petite la salle à manger. Ledesign était plutôt japonais: décoration sobre, couleur neutremais surtout deux portes avec fenêtres à carreaux. Je me suis assisle dos au mur. L’amie de ma copine ferma la porte devant moi.

Wow!

Comme la porte étaitvitrée, je pouvais voir dans le salon. Au bout du salon, il y avaitune grande vitrine. Je pouvais donc voir à l’extérieur. Àl’extérieur, il y avait une longue rue qui s’étalait au loin.Donc, de ma place au fond de la salle à manger, je pouvais voirjusqu’au bout de la rue. La perspective était hallucinante!Imaginez l’effet quand il neige à gros flocons! Imaginez l’effetquand l’automne met le feu aux arbres bordant la rue. Et il y enavait des arbres!

«Le soleil se couche là le soir, medit l’amie de ma copine, tu devrais voir les couleurs d’ailleurs!»

C’était juste un bungalow ordinaire enbanlieue de Montréal. Mais les propriétaires, de condition modeste,avaient réussi à faire circuler l’air dans chacune des pièces, àplacer le bungalow dans le courant d’air de l’extérieur avec trèspeu de sous.

Deux peintures et une salle à mangerplacée au bon endroit ont suffi pour donner l’illusion de vivredans une maison plus grande qu’elle ne l’est réellement.

Vive la perspective!

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