Les voisins se disputent depuis 26 ans

Un bien que l’on achète, ce n’est pas une propriété, mais ses voisins, disaient les paysans russes d’autrefois. Et cela tourne au vinaigre parfois.

iStockphoto LP
iStockphoto LP

«À Saint-Lambert, deux voisins se querellent depuis 26 ans au sujet d’une haie de cèdres  servant de frontière entre leurs propriétés. Vingt-six ans! Ils ont fréquenté les tribunaux à plusieurs reprises sans obtenir satisfaction. Et, en cette fin d’année, ils se retrouvent à nouveau devant le juge, entourés d’une batterie d’avocats officiant de part et d’autre de cette haie de la discorde.»

Incroyable n’est-ce pas? L’histoire a été rapportée dans les premiers jours de 2014 par Mario Roy, éditorialiste à la Presse jusqu’à tout récemment. L’éditorial portait sur la propension de l’être humain à créer des conflits, petits et grands.

En lisant des histoires pareilles, j’ai envie de m’écrier: Quel gaspillage d’énergie et de temps! De l’énergie et du temps qui ne seront jamais récupérés. Et nous n’avons qu’une seule vie à vivre!  

Malheureusement, il y a des propriétaires malchanceux qui, en choisissant un terrain où bâtir leur résidence ou en achetant une maison, tombe sur un voisin malcommode qui leur empoisonne l’existence.

Parfois, la dispute va si loin que certains propriétaires  se départissent de leurs maison, même à perte. Ou ils tombent en dépression car ils n’arrivent pas à sortir du cercle vicieux. La solution, ils ne la trouvent pas.

Couvrant les procès au Palais de justice de Laval, j’ai entendu un jour une histoire farfelue et triste à la fois. Un homme avait dangereusement menacé un voisin s’il n’arrivait pas à «contrôler» ses oiseaux. Ce voisin aimait les oiseaux et, profitant de sa propriété et de son jardin, il avait aménagé des mangeoires pour les attirer. L’exercice de séduction avait trop bien réussi.

iStockphoto
iStockphoto

Le hic était que les oiseaux étaient bruyants. Ils réveillaient la maisonnée aux premières lueurs du soleil, trop tôt en somme. De plus, ils laissaient des traces partout.  Sur les vêtements, la terrasse, les meubles de patio, le carré de sable des enfants ?  De mémoire, l’accusé était un homme impulsif et un colérique.  Ça se voyait durant son témoignage.

Le voisin, lui, était calme devant le juge. Passif même. Il ne ferait même pas mal à une mouche, avait expliqué son épouse à la Cour. Lorsque l’avocate de la poursuite avait demandé à l’épouse si elle avait peur de l’accusé, celle-ci avait répondu en  pleurant: «Oh oui!»

Le juge avait fait comprendre à  l’accusé qu’on ne pouvait pas séparer le ciel en deux. L’homme devait apprendre à vivre avec les oiseaux du voisin. Par contre, ils avaient intérêt à faire des compromis pour ne pas affecter leur qualité de vie respective.

Élevé sur une ferme, je me souviens avoir vu mon père  pleurer à propos d’un voisin, un fermier sympathique mais fantasque. Le motif de la dispute : la fameuse clôture qui délimitait les terres. Le voisin négligeait de réparer la portion qui lui revenait. Conséquence : mon père perdait du bétail qu’il devait rattraper, parfois en pleine nuit.
La dispute ne s’est jamais réglée car mon père est décédé. En fait, je me demande si elle se serait réglée un jour.

Tomber sur un mauvais voisin est l’un des cauchemars des propriétaires. Et des locataires aussi. Il faut se parler et faire des concessions. Malheureusement, le sens du compromis n’est pas donné à tout le monde.  Quand l’ego prend le dessus sur la raison, les risques de conflit à long terme sont presque assurés.

photo: iStockphoto LP

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestShare on LinkedInEmail this to someone