Les portes peuvent être cruelles

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William Blake disait: «Il y a des choses connues et des choses inconnues; entre elles, il y a les portes.» À travers ces mots, l’artiste anglais met en relief le pouvoir immense de la porte et toute la symbolique qui s’y rattache: la porte séparant la lumière et l’obscurité, la sécurité et la fuite, le quotidien et le mystère.

Une porte qui refuse de s’ouvrir alors qu’elle doit s’ouvrir à tout prix, ça fait mal. La porte peut tuer. Physiquement (comme dans le cas d’un incendie) ou émotivement.

L’émotion la plus poignante qu’il m’ait été donné de vivre face à une porte obstinément fermée se trouve dans la vidéo de la chanson Empty Garden d’Elton John. Courez vite la voir sur YouTube. Elle arrache le cœur, mais tout en douceur.

Elton John était un ami de John Lennon. Il lui a rendu un hommage émouvant après son décès à travers une chanson dans laquelle il supplie l’ex-Beatle d’ouvrir sa porte et de venir jouer dans le jardin. Pendant que la caméra filme la porte close, Elton John chante: «And I’ve been knocking but no one answers and I’ve been knocking most of the day.» Mais la porte ne s’ouvre pas. Signe que Lennon ne reviendra jamais.

Dans le film Le professionnel, on voit l’actrice Natalie Portman frapper et frapper et frapper une porte alors que s’amène derrière elle, tout au bout du corridor, une bande de tueurs. Elle frappe, supplie, pleure, gratte la porte de ses doigts.

Derrière la porte, l’acteur Jean Reno l’observe dans l’œil magique. Il refuse d’ouvrir car il sent que son geste va lui apporter des problèmes. Au moment où les tueurs vont mettre le pied dans le corridor, Reno succombe et ouvre la porte, sauvant Natalie Portman (ou plutôt son personnage) d’une mort certaine. Par contre, ce faisant, Reno ouvre la porte à une nouvelle tranche de vie qui le conduira directement à une mort violente.

Pourquoi parler de la porte aujourd’hui? C’est que je viens de regarder pour une deuxième fois le film Hatchi avec l’acteur Richard Gere. À la fin du film, le chien retourne à la gare attendre son maître qui revient de sa journée de travail. Un geste qu’il accomplit chaque jour depuis des années. Mais voilà, son maître est mort au travail et ne reviendra jamais.

Pendant neuf ans (l’histoire est vraie), jour après jour, le chien se couche devant les portes de la gare et attend. Toujours à la même heure. Pendant neuf ans, il espère voir son maître apparaître. Pendant neuf ans, les portes de la gare livrent passage à des milliers de gens. Et le chien fixe les portes jour après jour, semaine après semaine, année par année. Jusqu’au jour où il meurt, couché non loin de la gare.

Un collègue de travail qui, toute son enfance, s’était fait battre par un père alcoolique me racontait qu’il espérait toujours que le paternel change pour  le mieux. Un jour son père lui téléphone. Il a changé, jure-t-il, il regrette ses gestes et s’engage à suivre une thérapie.

Fou de joie, l’homme se précipite chez son père. Il cogne à la porte. Il trépigne d’impatience. Il a senti dans la voix de son père que, cette fois-ci, c’est la bonne. La porte s’ouvre. Ivre mort, son père l’engueule, l’insulte et se moque de lui. La porte se referme.
Je me rappelle que l’homme m’avait dit être resté un bon moment à fixer la porte.

photo : IStockphoto LP

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