Laissez-les traîner

Je ne parle pas des enfants, je parle des livres.

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Je sais, les maniaques de l’ordre et du rangement ne le supportent pas. Ma mère, par exemple, en serait incapable. Pourtant, ça marche.

Depuis que mon fils sait lire, je laisse des livres traîner un peu partout. Sur la table de cuisine, dans un coin du salon, parfois dans la salle de bain. Et ça marche! Il ne les lit pas tous, mais un de temps en temps.

Posséder une culture générale facilite grandement la vie d’une personne. La semaine dernière, mon fils était fier de m’apprendre qu’il avait réussi à répondre aux questions de son professeur sur un roman qu’il avait négligé de lire. Étonnée, la fille assise à ses côtés lui a dit: «Entendre dire que tu n’avais pas lu le roman!» Et lui de répondre : «Je ne l’ai pas lu, c’est juste que je connaissais la réponse!»

Mise en contexte: mon fils a 24 ans et il étudie à l’Université. Même à l’ère du numérique, il se fait livrer des livres par Amazone à chaque semaine. C’est à se demander s’il aura le temps de lire tout ça, mais ce n’est pas grave. Plus tard, il aura plus de facilité à décrocher un emploi car il sera plus efficace en entrevue.

Je lui dis souvent que la plupart des emplois d’importance que j’ai occupés jusqu’ici, je les dois en partie à ma culture générale.

Je vous entends d’ici. Pourquoi laisser les livres traîner? Les enfants n’ont qu’à se lever, à marcher vers la bibliothèque et à étirer le bras. Vous avez raison. Sauf que, si l’être humain est foncièrement curieux, il est aussi viscéralement paresseux. Et les bibliothèques municipales le savent.

Je fréquente la Grande Bibliothèque au cœur du centre-ville de Montréal. Le personnel ne lésine pas sur les efforts pour pousser les gens à lire davantage. Chaque semaine, ils choisissent des livres qu’ils exposent sur des présentoirs à chaque étage. C’est devenu un réflexe chez moi. Je m’arrête, je les parcours et je quitte avec un ou deux livres. La Grande Bibliothèque laisse «traîner» les livres comme je le fais chez moi.

Justement, c’est en échangeant avec un employé de la Grande Bibliothèque que j’ai pris conscience que la lecture est un art de vivre. Au même titre que la musique, le jardinage, l’ornithologie.
Je m’étais présenté au comptoir de prêt avec le maximum de livres, soit quinze. J’ai dit à la fille: «Cela n’a aucun sens. Le pire, c’est que je sais que je n’aurai pas le temps de lire tout ça.» La fille de me répondre: «Quinze livres, ya rien là! Chez moi, il y a un tas de livres partout. Sur la table de cuisine, dans le salon, dans les chambres. Tout le monde lit, les enfants comme les parents.»

Alors, cédez à la tentation. Empruntez des livres pour vos enfants et laissez-les traîner. S’ils feuillètent un livre sur cinq, c’est déjà ça de gagné. C’est l’un des plus beaux cadeaux que vous puissiez leur offrir.

Un conseil : choisissez des livres qui correspondent aux intérêts de vos enfants au lieu de les imposer. Sinon, l’échec sera total. Mais rien ne vous empêche d’en glisser un ou deux. On ne sait jamais.

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