La revanche de la lumière sur l’ombre

Intérieur du Sony Center par Jaime Ardiles-Arce (Wikipedia anglais)

D’une terre brûlée et calcinée par un feu de forêt renaissent des bleuets à croquer; d’un tas de fumier peuvent renaître des roses; du no man’s land situé de part et d’autre du mur de Berlin, où des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont été abattus en tentant de fuir l’Allemagne communiste, ont surgi un jet de lumière et une explosion de couleurs qu’on appelle le Sony Center.

Petit retour en arrière.

À l’époque de la Guerre froide opposant les Américains aux Soviétiques, un mur s’élève dans la nuit du 12 au 13 août 1961 à l’initiative des Allemands de l’Est, coupant la ville de Berlin en deux. Les Allemands communistes sont humiliés de voir des milliers et des milliers et des milliers de citoyens fuir vers l’ouest pour retrouver la liberté.

Le long du mur s’éparpillent des barbelés, des dispositifs d’alarme, des soldats qui montent la garde avec des chiens à leurs pieds, tirant à la vue d’un fugitif.

Le 9 novembre 1989, le mur tombe. Berlin est fou de joie. La fête est énorme!

Séparée en deux parties par le mur, la Postdamer Platz, autrefois grouillante de monde et maintenant devenue une vaste étendue en friche, devient disponible. Tout est à refaire. Il faut combler le trou. La folle et joyeuse Postdamer Platz doit renaître.

L’imagination des  architectes s’emballe, celles des investisseurs en immobilier et des professionnels du tourisme aussi. La Postdamer Platz est sur le point de devenir le plus gros chantier d’Europe.

Quatre méga projets sont autorisés. L’un appartient à Sony. La multinationale décide d’y construire son nouveau quartier général européen. Suffit de jeter un coup d’œil à la photo accompagnant ce billet pour comprendre que Sony a misé sur la gaieté et l’éclatement.

Trouvant son inspiration dans le mont Fuji au Japon, l’architecte retenu Helmut Jahn opte pour un design tout en verre et en acier. Il faut que la lumière passe, voyez-vous. Histoire de chasser le côté sombre d’une époque peu glorieuse.

L’immeuble transparent se coiffe d’un toit en forme de cône qui, selon Wikipedia, donne l’impression de flotter dans l’espace. Il faut que le léger l’emporte sur le lourd, voyez-vous. Histoire de chasser les années où la vue quotidienne du mur plombait les pieds des Berlinois.

Extérieur du Sony Center par Florian Lindner (Wikipedia français)

Le toit se dépose sur un espace public en forme d’ellipse. Tout au fond en bas, des milliers de visiteurs se bousculent allègrement tous les jours, au cœur d’une immense place où vibre le plaisir de vivre apportée par des cafés, de restaurants, des boutiques et des cinémas comprenant 40 écrans répartis dans trois complexes cinématographiques, sans compter le musée du cinéma.

Hauteur de l’édifice: 103 mètres (26 étages).

Coût de l’investissement: 750 millions d’euros.

Durée de la construction : 4 ans.

Source de plaisir, le Sony Center se dresse au beau milieu d’une fourmilière humaine à travers des hôtels, des copropriétés, des bureaux.

Le jour de l’ouverture officielle, l’Orchestre philarmonique de Berlin est venu répandre dans l’espace du Sony Center ce que Balzac définissait comme la forme suprême de l’art: la musique.

Après les années noires où résonnait sur le pavé de Berlin la botte du nazi (1930-45) et celles de l’ombre communiste (1945-1989), la Postdamer Platz revit. Et le Sony Center est au cœur de la résurrection.

Ce n’est pas la première fois que nous attirons votre attention sur le pouvoir de  l’immobilier sur le retour du bonheur de vivre dans un lieu donné. Et ce ne sera pas la dernière.

Sources :
Avec l’aide de Wikipedia français et anglais : articles Sony Center, Postdamer Platz et le mur de Berlin

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