« La grenouille et le boeuf »

Ryugyong_Hotel Ryugyong_Hotel. Wikipedia Joseph Ferris III Flickr
Ryugyong_Hotel Ryugyong_Hotel. Wikipedia Joseph Ferris III Flickr

Pourquoi vois-je toujours quelque chose de vaguement militaire, brutal ou simplement lourdaud dans l’architecture de la Corée du Nord? Est-ce les médias qui contaminent ma perception avec toutes ces histoires de menace nucléaire, de famine et de dictature extrême dans ce pays d’Asie?

Les lecteurs et lectrices de ce blogue se rappelleront de mon billet intitulé: Trois «Stade olympique de Montréal» en un seul. Pour ceux et celles qui ne l’ont pas vu, cela vaut la peine ne serait-ce que pour l’aspect rébarbatif du bâtiment. Il s’agit du stade sportif le plus gros du monde pouvant accueillir jusqu’à 150 000 spectateurs. Pour le décrire, j’avais affectueusement utilisé l’expression «gros montre de béton».  L’immeuble ressemble davantage à un édifice militaire qu’à un stade sportif.

Ici, vous avez sous les yeux l’hôtel Ryugyong en construction. L’intention de la classe dirigeante était d’en faire l’hôtel le plus élevé du monde. On voulait ravir le titre à un hôtel situé à Singapour. C’était dans le contexte de la Guerre froide.
Les travaux ont débuté en 1987. Ils devaient se terminer en 1989. Le hic, c’est qu’ils ont pris fin en 2011, soit 24 ans plus tard. Et on chuchote qu’il restait encore un peu d’ouvrage à accomplir dans les mois suivants. Une illustration parfaite de la fable de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf.

Durant 16 ans, l’hôtel Ryugyong est resté sans fenêtres ni aménagements intérieurs. Et la grue installée au sommet a fini par rouiller avec les années. Les motifs du retard? Manque de sous, d’électricité, de matières premières et peut-être de nourriture. La Corée du Nord étant un pays fermé au monde, il est difficile d’obtenir l’information exacte.

Vu le long délai, soit un quart de siècle, l’hôtel Ryugyong n’a jamais pu revendiquer le titre d’hôtel le plus élevé du monde. Il s’est fait damer le pion en cours de route. Il doit se contenter du titre de l’édifice le plus élevé de la Corée du Nord.

N’empêche: la Corée du Nord a trouvé le moyen de terminer premier sur la planète. En effet, comme rapporté par Cyberpresse, l’organisme  Travel & Leisure a attribué à l’hôtel Ryugyong le merveilleux titre du bâtiment le plus laid au monde.

Il est vrai qu’il n’y a rien de plus subjectif qu’un jugement de l’esprit. Le drame avec l’hôtel Ryugyong est qu’il figure régulièrement dans les listes des immeubles les plus laids du monde. Peu importe le rang qu’il occupe sur la liste.

Maintenant, observez bien l’hôtel. Voyez-vous à travers l’architecture une fusée s’apprêtant à s’élancer vers le ciel? Ou une flèche géante peut-être? Sommes-nous en présence d’un reflet de l’imaginaire de l’équipe au pouvoir? Aurions-nous la même perception si l’hôtel se trouvait à Montréal?

L’immobilier est un reflet de la culture d’un pays. Ici, force est de constater que nous sommes loin des édifices de la Renaissance à Venise ou à Florence ou des édifices futuristes de Chicago.

L’hôtel Ryugyong est décrit par Wikipedia comme un gratte-ciel pyramidal de 105 étages culminant à 330 mètres pour une superficie au sol de 360 000 mètres carrés. L’hôtel est situé dans la capitale Pyongyang. Son nom se traduit en français par l’expression «capitale des saules» qu’on utilise parfois pour décrire la capitale.

Références: The Telegraphe/ugliest buldings in the world (photo # 20); LaPresse maison 22 oct 2009 ; Wikipedia français à l’article hôtel Ryugyong

Photo Wikipedia Creative Commons paternité Joseph Ferris III Flickr

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