Haies, grippe A-H1N1 et bunkering

  

Sur la terre de mon père à Yamachiche, entre Berthierville et Trois-Rivières, il y avait un caveau souterrain situé en plein champ. Il servait à garder les légumes au frais. Surtout les pommes de terre! Ma mère avait l’habitude de dire : « Si une guerre se déclare, on pourra tous s’y cacher! » C’était au milieu des années 60. La guerre de 39-45 datait d’hier.

Quand j’entends le mot bunker, c’est ce caveau, sombre et humide, que je vois. Pour d’autres, c’est le gros palace d’un millionnaire, gros et gras, tripotant les dollars et fumant le cigare pendant que des agents de sécurité montent la garde devant les barbelés. Le millionnaire cherche à se protéger contre la loi du retour. On ne sait jamais: le peuple pourrait se réveiller et réclamer son dû.

Ces deux exemples relèvent davantage du folklore car le bunkering, stade extrême du cocooning, se rapproche plus d’une famille vivant retirée à l’intérieur d’un bungalow. Mais pourquoi s’enfermer presque à clef dans une résidence?

Dans le billet précédent intitulé Derrière les portes du bunker, nous avons vu deux pères de famille opter pour le bunkering en raison de motifs religieux. Nous étions en présence de la première cause de ce mode de vie extrême: vivre dans un milieu homogène, échapper aux pressions extérieures qui pourraient contaminer nos valeurs.   

Il y a aussi le facteur de la peur. Après le 11 septembre 2001, bon nombre d’Américains, voyant l’Apocalypse biblique dans le terrorisme, se sont isolés du reste du monde pendant une certaine période. Même réaction lors de l’apparition du SRAS. Ou de la menace d’une épidémie quelconque comme la grippe aviaire. Gageons qu’avec la psychose du virus A-H1N1, ils sont nombreux les Nord-Américains à flirter avec le bunkering par les temps qui courent.

Mais on peut aussi opter pour ce mode de vie simplement par goût. Dans une version moins « hard core » du bunkering, les adeptes ne sortent pratiquement pas de chez eux. Ils ont presque tout à la maison : bar au sous-sol, salle d’entraînement, réserve de vins immense, magasinage sur le web, service de coiffeur à domicile, etc. Souvent, la propriété est truffée de caméras et de systèmes d’alarme. On voit même parfois des barreaux aux fenêtres. Au sous-sol du moins.    

Les plus farouches détracteurs de la banlieue assimilent au bunkering le mode de vie des banlieusards avec leurs haies autour de leurs terrains et leurs piscines parfois clôturées.

Me semble que c’est pousser un peu loin. Le bunkering, c’est plus radical que ça! 

À suivre!

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