Des embryons de poulet dans sa chambre

La chambre est la pièce la plus intime d’une maison. Pas juste pour le dodo et les séances d’habillage et de déshabillage, mais aussi pour les nombreux souvenirs se rattachant à une chambre qui nous a marqué. Chambre d’enfant ou chambre d’adulte.

Source: iStockphoto LP

Jean-Pierre Ferland a peut-être écrit la plus belle chanson de la francophonie sur tout ce que représente une chambre. Le titre: Ma chambre, chantée par Céline Dion.

Rappelez-vous les mots : «Un meuble à trois tiroirs d’amour, les bagues et les photos dans le tiroir d’en haut, des adieux douloureux dans celui du milieu », sans compter «la pêche aux bisous» et «la chasse aux câlins».

Dans une chambre, on dort, on médite, on rêvasse, on lit, on échange sur l’oreiller, on fait l’amour. On pleure en cachette aussi, la face contre l’oreiller.

On fait tout ça dans une chambre, mais avez-vous connu un être humain qui  a pris plaisir à jouer avec les fibres nerveuses dans sa propre chambre? À partir d’embryons de poulet?

C’est une Italienne et elle s’appelle Rita Levi-Montalcini. Elle est décédée en décembre dernier à Rome.
Rita est née à Turin d’une famille juive italienne. Fortement marquée par les souffrances d’un ami de la famille mort du cancer, Rita décide de s’orienter vers la médecine. Diplôme en poche, elle travaille comme assistante à l’école de médecine de Turin.

R.L. Montalcini. Photo de Presidenza Della repubblica sur Wikipedia

Mais une ombre s’allonge sur l’Italie dans les années 30. Le dictateur Benito Mussolini fait basculer le pays dans le fascisme. En 1938, il fait publier le Manifeste de la race et interdit aux Juifs l’accès aux carrières professionnelles.

Débute la Deuxième Guerre mondiale. L’antisémitisme soufflant en rafales sur l’Europe, Rita s’enferme chez elle à Turin et transforme sa chambre en laboratoire de recherche. Son sujet: la croissance des fibres nerveuses. Elle multiplie les expériences sur les embryons de poulet.

Puis, la chambre  «déménage» à Florence de 1943 à 1945. La guerre terminée,  l’Université de Washington à St-Louis a eu vent des travaux de Rita. Celle-ci reçoit une invitation.  Rita s’installe à St-Louis et, selon Wikipedia: «C’est là qu’elle réussit, en 1952, l’exploit d’isoler le facteur de croissance nerveux grâce à ses observations de certains tissus cancéreux qui provoquent une croissance rapide des cellules nerveuses.»

Selon l’agence France-Presse, cette découverte «a permis de mieux comprendre le développement du système nerveux et de faire d’énormes progrès dans l’étude des maladies cérébrales comme la maladie d’Alzheimer, des complications neurologiques liées au diabète et certains phénomènes cancéreux ».

Rita reçoit le prix Nobel de la médecine en 1986. Elle est morte chez elle, à Rome, le 30 décembre dernier, à l’âge de 103 ans. Jamais un récipiendaire d’un prix Nobel avait vécu jusqu’à 100 ans.

Avant de terminer, observez le paradoxe: pendant que le dictateur Mussolini répandait la mort en Italie, Rita amorçait dans sa chambre des travaux scientifiques qui allaient alléger les souffrances de milliers d’êtres humains. Et même sauver des vies.

Sources: Agence France-Presse de Rome et Wikipedia aux articles Rita Levi-Montalcini, français et anglais.

Photos:  iStockphoto LP;  et Rita Levi-Montalcini, photo de Presidenza della Repubblica Italiana,  sur Wikipedia OTRS system

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