Derrière les portes du bunker

 

Rien à voir avec le bunker d’Hitler ni ceux des Hells. Je fais plutôt allusion aux maisons transformées en forteresse, aux propriétaires qui se barricadent contre le monde extérieur. Ces gens-là ne font ni du cocooning, ni du hiving. Ils font du bunkering. Ou si vous voulez, du cocooning extrême. Ils vivent dans un cocon blindé! Ils sont les extrémistes du cocooning.  

Observez bien autour de vous et vous allez finir par repérer un adepte du bunkering. Il y a toujours quelque part dans le voisinage une personne qui vit enfermée dans sa maison en permanence.

Quand j’étais p’tit cul, une femme vivait dans une grosse maison en briques rouges dans mon village natal, près de Trois-Rivières. On l’appelait la sorcière. Elle en avait l’allure avec son visage gris, ses mèches de cheveux poivrés et ses vieux vêtements noirs. Elle ne sortait pratiquement pas de chez elle. Et si elle le faisait, c’était au petit matin ou au crépuscule. On la croisait sur le trottoir. Elle marchait courbée, se parlait à elle-même, sans lever le regard. Peut-être n’était-elle pas saine d’esprit! 

À peu près à la même époque, j’avais accompagné mon père chez un cultivateur au fin fond d’un rang, toujours dans la région de Trois-Rivières. L’homme vivait avec son frère. Deux vieux célibataires. Quand nous sommes entrés, des rats ont détalé dans tous les coins. C’était d’une saleté repoussante! Ils vivent seuls et retirés du monde depuis des années, m’avait expliqué mon père en  parlant des deux frères.

À Laval, j’ai rencontré un garçon d’une dizaine d’années au regard inquiet, presque fermé. L’un de ses amis m’a expliqué qu’il le voyait peu souvent parce que le père du garçon était très religieux et qu’il lui faisait subir une discipline de fer à la maison. Il essayait de soustraire son fiston aux péchés de la vie extérieure. Plus tard, je suis allé porter le garçon chez lui. Quand la porte s’est ouverte, j’ai croisé le regard d’un père affolé qui s’est dépêché de tirer son fiston par la manche en me marmonnant un merci à peine audible avant de refermer la porte.

Récemment, on m’a raconté qu’un père de famille, lui aussi très religieux, a réussi à convaincre le ministère de l’Education de retirer ses deux enfants de l’école. Il se chargera lui-même de leur éducation à la maison. Ça ne prend pas un bac pour comprendre que cet homme cherche à préserver ses enfants de tout contact avec une société pas suffisamment pratiquante à son goût.

Il y a aussi le cas de Phil Spector, ce célèbre producteur qui a travaillé entre autres avec John Lennon, Leonard Cohen et les Beatles. Antisocial, Spector vivait de nuit, quasi en ermite, dans sa maison de Los Angeles. Dernièrement, il a fait face à une accusation de meurtre devant les tribunaux.  

Il y a aussi ces Blancs en Afrique du Sud au temps de la ségrégation raciale qui, pour se protéger des Noirs qu’ils mettaient en colère en les exploitant, vivaient dans de véritables bunkers entourés de clôtures et d’agents de sécurité. Ou de barbelés.

J’y reviens dans le prochain billet.

 

 

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