iStock

Déménager au gré de ses envies

«Dès que je peux, je vends la maison et je déménage dans le Bas-du-Fleuve ou en Gaspésie. Je n’ai pas de vue ici. Je suis tannée de ça.»

J’étais sonné. La femme que j’avais devant moi vit dans la maison de ses rêves. Elle l’a fait construire il y a moins de dix ans. Elle est située près du mont Orford, en Estrie.

Autrefois, elle avait acheté une maison dans un quartier de Sherbrooke. Comme elle avait un enfant, elle avait opté pour la ville. C’était plus commode, plus pratique.

Dès que l’enfant est devenu ado, elle a vendu la maison pour s’offrir la vie qu’elle désirait depuis longtemps: celle de vivre près de la forêt, au milieu des odeurs des sous-bois, près des oiseaux et des animaux, sans aucun voisin «achalant».

Elle a préféré se faire construire que d’acheter car elle voulait une maison à sa mesure. L’emplacement était idéal: bois et végétation autour de la maison sauf devant la façade, solarium derrière où elle posait son derrière sur les marches pour observer oiseaux, écureuils et autres mammifères. Ajoutez le petit chien qui égaie ses journées et, vraiment, elle était au septième ciel.

Cela fera bientôt dix ans. Et au lieu de souligner le dixième anniversaire de son changement de vie, elle songe sérieusement à lever les pattes.

Pourquoi? C’est qu’un détail lui avait échappé à l’époque: son terrain ne lui offre aucune perspective, aucune vue, aucun horizon. La forêt, trop proche, agit comme un mur devant ses fenêtres. Les jours de pluie, c’est follement déprimant.

Devant la maison, de l’autre côté de la rue, se trouve une grande maison. Et derrière cette maison, c’est la végétation. Et la femme vit dans un cul-de-sac. La rue se termine à la forêt.

Tant pis, aurait-elle pu se dire, je peux très bien continuer à vivre comme ça. Ce n’est pas si tragique. Et elle aurait eu raison.

Sauf que dans les dernières années, elle a pris l’habitude d’aller dans le Bas-du-Fleuve et en Gaspésie pour les vacances. Petit à petit, elle est tombée en amour avec les grands espaces ouverts. Elle a mesuré l’énorme différence qu’il y a entre vivre en forêt et vivre avec un horizon presque sans limites.

iStock
iStock

«Je veux m’acheter une maison, m’a-t-elle dit, même une toute petite maison vu que je demeure seule, et si possible près du fleuve ou de la mer. Du moment que je peux voir loin.»

Morale de l’histoire : on a beau penser à tout au moment de la construction ou de l’achat d’une maison, c’est du moins l’illusion qu’on a, il y a toujours un détail qui nous échappe. Parfois, il est mineur, parfois il est majeur. D’où l’importance de dresser une liste de «détails» à observer, d’échanger avec les gens qui nous connaissent bien et de prendre le temps qu’il faut avant de prendre une décision définitive.

Mais un autre facteur est à considérer, tout n’est que changement, nous inclus. L’animateur Gilles Proulx révélait dans une entrevue à la Radio de Radio-Canada, qu’il déménage au gré de ses envies.  Il a l’«âme du décorateur : minimaliste, «épuriste», moderniste.» Il a eu 14 condos.

Référence: Plus on est de fous, plus on lit! avec Marie-Louise Arsenault Radio de Radio-Canada le 6 novembre 2015.

Photo: iStock.com

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestShare on LinkedInEmail this to someone