Danger!

 

Nous étions trois: fiston, sa mère et moi. Mon ex vient de se faire construire une maison en Estrie, à proximité de Sherbrooke. Les ouvriers étaient rendus à l’étape du plancher. Mon ex voulait de l’ardoise à tout prix comme revêtement. Les ouvriers ont tiqué. « On t’avertit, c’est beaucoup d’ouvrage. Et c’est fragile sans bon sens. Ça casse à rien. »

Installés tous les trois au sous-sol de la maison en voie de se construire, nous nous sommes mis à l’ouvrage. Les pieds autour d’une cuvette remplie d’eau, je lavais les 420 tuiles. Mon ex et fiston les étendaient sur des madriers, attendaient que les tuiles sèchent, puis appliquaient le scellant sur chacune d’elles afin qu’aucun produit chimique ne s’incruste lorsque les ouvriers les colleront les unes contre les autres.

Nous avons commencé vers 14h00. Laver, placer et sceller 420 tuiles, ce n’est pas ce qu’il y a de plus palpitant. Surtout quand deux intellos composent le trio de travailleurs. Too much monkey business, chantait Chuck Berry. Alors, nous nous sommes mis à faire des blagues, histoire de mettre un peu de piquant. Pendant ce temps, le chien Isaac, un magnifique Shit Tsu blanc et crème, circulait sous les madriers.

À un moment donné, comme je prenais une tuile pour la nettoyer, elle s’est cassée en deux. Normal direz-vous! L’ardoise, c’est une pierre tendre et friable. Fallait s’y attendre! Donc, je continue.

Vers 19h, fiston s’empare d’une tuile tout en jacassant. Soudain, un cri! Fiston se lance sur le plancher, se tord de douleur en se mordant le poing. Il est tout blanc! Une tuile s’est fracturée en deux et le coin d’un morceau est tombé sur le gros orteil. « Il est cassé, criait-il en pleurant, il est cassé! Ça fait mal! Bon dieu que ça fait mal! »

On a trempé l’orteil dans la neige. Pas cassé l’orteil finalement, mais drôlement amoché. Meurtri et tout rouge! Le fragment d’ardoise avait fendu la racine de l’ongle en deux. Reste à voir si l’ongle repoussera.

C’est beau l’ardoise avec son aspect feuilleté, son gris cendré, son bleu sombre et son roux timide. Comme ça, elle a l’air inoffensive. Mais…danger! Alors, si vous décidez de recouvrir votre plancher de tuiles d’ardoise, songez à chausser des bottes à cap d’acier. Laissez les espadrilles à la maison. Et pas juste les espadrilles, le chien aussi! Imaginez si le fragment d’ardoise était tombé sur le cou d’Isaac. Sur le dos ou sur une patte!

 

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