Construites avec des débris de corail

Fossil (F. Amiot Wikipedia)

Des maisons bâties avec du corail, aucune vitre nulle part, une architecture qui étouffe le bruit, des fenêtres et des murs qui penchent, on ne trouve pas ça dans un bungalow de banlieue.
En lisant le livre: Les sept piliers de la sagesse, de l’aventurier britannique Lawrence d’Arabie, je suis tombé sur une description de la ville de Djeddah (ou Jeddah), située non loin de La Mecque, aujourd’hui en Arabie Saoudite.

Voici un passage savoureux du bouquin susceptible d’intéresser les passionnés d’habitation (les pointillés indiquent que j’ai sauté des phrases non pertinentes):

«C’était en vérité une ville remarquable. Les rues étaient des allées,  couvertes d’un plafond de bois dans le bazar principal, mais ailleurs ouvertes sur le ciel dans le petit espace entre les sommets des hautes maisons aux murs blanchis. Elles faisaient quatre ou cinq étages, construites de débris de corail maintenus par des poutres apparentes et décorées de larges fenêtres en avancée, leurs panneaux de bois gris courant du sol au toit.
«Il n’y avait pas de vitres à Djeddah, mais une profusion de treillis de qualité, et de très délicates ciselures en surface, sur le chambranle des fenêtres.

Jeddah 1938 (W. Facey Wikipedia)

«Les lourdes portes en teck à double battant étaient profondément sculptées, et comportaient souvent des guichets. Elles avaient de riches gonds et des heurtoirs de fer martelé. Il y avait beaucoup de moulures faites à la taille ou à l’empreinte et, sur les plus anciennes maisons, de beaux masques et jambages de pierre aux fenêtres donnant sur les cours intérieures. [… ] Les façades étaient creusées, percées et moulées jusqu’à paraître découpées dans du carton pour un décor de théâtre romantique.
«Chaque étage faisait saillie. Chaque fenêtre s’inclinait d’un côté ou de l’autre; les murs eux-mêmes penchaient souvent [… ] Les treillages et les murs en avancée étouffaient toute réverbération de la voix. [… ] Tout était étouffé, tendu, furtif même.»

Rien d’étonnant à ce que les gens de la région utilisaient le corail à l’époque pour ériger leurs propriétés, quand on y pense comme il faut. Ils ont la mer Rouge juste à côté, une mer considérée comme un paradis par les plongeurs du monde entier. Toute la côte d’ailleurs renferme des débris de corail.

Sur la photo courtoisie de William Facey (Wikipedia), nous apercevons Djeddah en 1938, soit quinze ans environ après la publication du livre de Lawrence d’Arabie.

Cela fait tout drôle de penser qu’une maison puisse être construite avec des débris de corail lorsqu’on apprend qu’un corail est, selon Le Petit Robert, un animal pluricellulaire primitif à orifice unique entouré de tentacules, ce à quoi Wikipedia ajoute: « Vivant généralement en colonies d’individus, construisant tout au long de leur vie un squelette extérieur à partir de minéraux présents dans l’océan.»

Ce qui me fait sourire, moi vivant en Amérique du Nord, c’est de songer que, à Djeddah dans les années 1920, il n’y avait aucune vitre aux maisons. Et cela n’a sûrement pas changé dans d’autres contrées désertiques du monde.

Sources : Les sept piliers de la sagesse, de T.E. Lawrence et l’article Djeddah en anglais de Wikipedia

Photos : Jeddah 1938 (William Facey sur Créative Common Attribution Wikipedia); Fossif (F. Amiot Creative Commons Paternite Wikipedia)

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