Berlin en a plein les bras!

Temple Raw, Berlin (photo Casarazzi)
Temple Raw, Berlin (photo Casarazzi)

Hier, nous avons vu que les squatteurs agissent aux quatre coins du monde.

«Squatter» signifie occuper un bâtiment ou un logement sans verser un seul sou pour l’acquérir ou sans payer un loyer.

Berlin est l’exemple le plus spectaculaire.

Nous sommes au début des années 80. Des squatteurs apparaissent dans l’ouest de la ville. Parallèlement, Berlin devient la capitale européenne de la musique techno. Les «raves», ces danses où se mêlent musique techno, danse et drogues fortes, se multiplient à Berlin.

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombe. C’est l’étonnement général car personne ne croyait que le mur allait tomber aussi vite.

Du jour au lendemain, des familles entières font leurs bagages, sautent dans l’auto et traversent de l’autre côté du mur pour ne plus jamais revenir. Des bâtiments de grande surface se vident.

Conséquence: des logements et des espaces en très bon état deviennent vacants par milliers du côté communiste. Le chiffre de 25 000 a été avancé.

Des milliers de jeunes de tous les continents affluent à Berlin dans les mois suivants, y compris ceux de Berlin-Ouest.  Ils sont artistes, anarchistes, pacifistes, utopistes à la recherche d’un nouveau mode de vie, jeunes gens d’affaires. On s’engouffre dans les logements et autres espaces qu’on occupe illégalement.

Que font les autorités allemandes? D’abord, elles sont débordées par toutes les conséquences juridiques qu’entraîne la réunification soudaine de Berlin. C’est le chaos. Ensuite, c’est bien beau de vouloir déloger les squatteurs, reste que le droit à la propriété de la pensée capitaliste n’est pas le droit à la propriété de la pensée communiste. Un vide juridique subsiste.

Les squatteurs vivent donc tranquillement dans leurs logements, parfois durant des mois. Pendant ce temps, la musique techno résonne dans les entrepôts abandonnés. Les galeries d’art alternatif font leur apparition.  Le bouche à oreille se répand dans le monde. Quelles est la ville la plus «hot» en Europe? Berlin voyons!

Les autorités allemandes ne restent pas les bras croisés. On tente de déloger les squatteurs. Cela tourne en combats de rue parfois. En novembre 1990, quelque 3000 policiers ont évacué 250 squatteurs répartis dans douze maisons occupées.

Souvent, on arrive à des ententes négociées avec des squatteurs plus sérieux, comme ceux du centre Tacheles dont on a parlé dans nos billets Un centre culturel unique au monde (1) et (2). Des baux sont signés à des tarifs avantageux.

East Side Gallery - Mur de Berlin (photo Casarazzi)
East Side Gallery – Mur de Berlin (photo Casarazzi)

Les autorités allemandes ont vite compris que ces milliers de jeunes attirent d’autres milliers de jeunes, des artistes souvent très sérieux, comme ceux qui sont à l’origine de la East Side Gallery, devenue l’un des principaux attraits touristiques de Berlin. Il s’agit du dernier tronçon d’importance encore debout du mur recouvert d’oeuvres de ces artistes venus du monde entier.

Lors d’un voyage à Berlin au printemps 2013, nous habitions dans un ancien immeuble à logement communiste, à deux pas de la East Side Gallery. Dans les rues autour on croisait des façades colorées d’immeubles squattés.

Juste en face de notre logement se trouvait le Temple Raw, un immense espace contenant des ateliers de maintenance de chemins de fer désaffectés. Y vivait une communauté de squatteurs qui prônait un mode de vie alternatif. Les touristes circulaient entre les graffitis, un écran de cinéma, un mur d’escalade, des cafés, des jardins et bien d’autres services.

On termine demain avec un squat de Montréal.

Références:
Wikipedia anglais à l’article Squatting
Wikipedia anglais à l’article Berlin
Wikipedia anglais à l’article Techno
Berlin itinéraires, Isabel Kreitz et Cécile Calla, Casterman, Lonely Planet, 2012, 175 pages (le guide que vous devez absolument avoir entre les mains pour découvrir Berlin).

photo :

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