Un art de vivre vieux comme le monde

La nouvelle est entrée par Facebook aux petites heures du matin.  La porte de la chambre s’est ouverte comme dans un coup de vent. «Isaac est mort!» de crier mon fils.

Je dormais.

Je me suis levé, j’ai enfilé mon pyjama et rejoint mon fils qui échangeait avec sa mère au téléphone. Elle était en pleurs, anéantie, défaite. Isaac était mort!  Mon fils faisait de son mieux pour la consoler.

Se levant pour quelque prétexte, il me passe le combiné à ma demande. À l’autre bout du fil,  la voix de sa mère me donne le frisson. «Isaac est mort, peux-tu le croire?» Je tente de la consoler à mon tour. Je lui raconte une histoire vécue.

Lorsque mon père est mort subitement dans un accident, un homme s’est offert pour venir écouler le troupeau de vaches à la ferme. Bénévolement. Cela a duré des semaines. Il n’était même pas l’ami de mon père. Une connaissance tout au plus. Je le voyais pour la première fois.

Un jour, devant ma mère qui jurait ne jamais se marier une deuxième fois par respect pour mon père, l’homme a secoué la tête. Elle avait tort de penser comme ça, disait-il. Si elle avait vraiment été heureuse avec mon père, le plus bel hommage qu’elle pouvait lui rendre, c’était de rebâtir un  nouveau couple. Le message destiné à son mari défunt serait clair: «J’ai été tellement heureuse avec toi que je voudrais recommencer.»

Au bout du fil, la mère de mon fils se montrait hésitante. Personne ne remplacera Isaac, décrète-t-elle. Une semaine plus tard environ, elle passe à l’acte. Isaac a été remplacé. Et quelques semaines plus tard, elle postait une photo sur Facebook qui venait de faire le tour sur Youtube: celle d’un chien tellement heureux de prendre l’air qu’il courait sur le chemin. Ses pattes ne touchaient pas le sol.

iStockphoto LP
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Oui, Isaac était un chien. Un Shih-Tzu. Gentil comme tout, affectueux, terriblement attachant. On l’appelait tendrement «poupou» parce que la mère de mon fils aimait dire que, petit, il ressemblait aux flocons de poussière qui roulent sous les lits.

Bien sûr, aucun chien ne remplacera Isaac. Dans les jours qui ont suivi sa mort, la mère de mon fils le «voyait» partout. Il ne dormait plus avec elle, ne sautait plus sur le sofa, ne demandait plus la porte, n’allait plus manger dans son bol.

Elle appelait Isaac «mon bébé». Elle vivait seule avec lui dans sa maison à la campagne. Mon fils et moi, on redoutait le jour où Isaac allait mourir. Et lorsqu’il était en vie, on voulait à tout prix éviter de le perdre dans la nature. S’il fallait qu’il disparaisse à jamais par notre propre faute!

Le tout nouveau Shih Tzu est jeune, fougueux et taquin. Il s’appelle Kami et prend énormément de place. N’empêche: revenant d’une visite chez sa mère, mon fils m’a dit: «Il y a beau y avoir un nouveau chien, dès qu’on entre dans la maison, il y a comme un gros trou. Ça paraît qu’Isaac n’est plus là.»

La mère de mon fils vit connectée avec la nature. En plus de son chien, elle observe les oiseaux à travers les vitres de son solarium. Les rongeurs, les insectes, les bêtes. Elle adore les animaux.

Vivre avec un animal domestique est un mode de vie en soi.  Il procure des bienfaits largement reconnus aujourd’hui. C’est peut-être l’art de vivre le plus vieux du monde.

Photo iStock LP

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